Schopenhauer et le bonheur

Publié le par lenuki

Il n’y a pas de vrai bonheur


 
« Entre les désirs et leurs réalisations s’écoule toute une vie humaine. Le désir, par nature, est souffrance ; la satisfaction engendre rapidement la satiété : le but étant illusoire, la possession lui ôte son attrait ; sous une forme nouvelle renaît le désir, et avec lui le besoin : sans quoi, c’est le dégoût, le vide, l’ennui, adversaires plus rudes encore que le besoin.

Quand le désir et sa satisfaction se succèdent à des intervalles qui ne sont ni trop longs, ni trop courts, la souffrance, produit commun de l’un et de l’autre, baisse à son niveau le plus bas : et c’est la plus heureuse vie. »

                                       

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation.

1818, Livre IV , trad. A. Burdeau, PUF, 2è éd. 2004.

 

 

L’homme entre souffrance et ennui

 

« Le désir, par nature, est souffrance »

·        Schopenhauer constate que, de toutes les formes de vies, c’est la vie humaine qui est la plus douloureuse. L’existence de l’homme est un effort incessant, jamais satisfait.

·        La vie de l’homme est « souffrance » quand le désir n’est pas satisfait, « ennui »quand la volonté vient à manquer d’objet, ou quand une prompte satisfaction vient lui enlever tout motif de désirer.

 

L’homme vit dans un état perpétuel de douleur

·        L’homme est-il arrêté par quelque obstacle dressé entre lui et son but immédiat ? Voilà la souffrance. Atteint-il son but ? C’est la satisfaction. Soit, mais pour combien de temps ? La douleur ne s’interrompt pas pour autant.

·        L’homme ne peut, en fait, vivre que dans un état perpétuel de douleur. Celle-ci accompagne chaque moment de son existence et les efforts incessants qu’il fait pour la chasser sont vains.

 

La vie la plus heureuse : la moins douloureuse

 

Il n’y a pas de bonheur durable

·        De cette analyse du désir, Schopenhauer déduit qu’il n’y a pas de bonheur durable, mais seulement un effort continu, sans vrai but, sans vrai repos.

·        La vie la plus heureuse est la vie la moins douloureuse, celle où « le désir et sa satisfaction se succèdent à des intervalles qui ne sont ni trop longs, ni trop courts », celle qui comporte le moins de souffrance.

 

Pourquoi les hommes s’accrochent-ils à la vie ?

·        Comment expliquer, dès lors, que la plupart des hommes s’accrochent à la vie ? Qu’est-ce qui leur fait endurer toutes ces souffrances ? L’amour de la vie ? L’espoir d’une vie meilleure ? Ou tout simplement la peur de la mort qui est toujours là, « quelque part cachée », prête à se manifester à tout instant ? La vie n’est-elle pas, au fond, une fuite continuelle devant cette même mort que nous désirons parfois, qui nous attire irrésistiblement.

Se libérer de la tyrannie des désirs

 

Renoncer au « vouloir-vivre »pour ne plus souffrir

·        Toute la souffrance de l’homme résulte de la volonté de vivre, du désir d’être heureux. Si l’homme souffre, c’est donc avec justice, pourrait-on dire, tant qu’il s’identifie à cette volonté.

·        Au livre IV du Monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer définit trois étapes du détachement progressif du « vouloir-vivre, l’art contemplatif, la morale de la pitié,  et enfin l’oubli total du vouloir, atteint dans le nirvana. Dans cet itinéraire, la joie de l’artiste ou celle de la contemplation désintéressée de l’œuvre d’art est toute négative. Le plaisir n’est pas de jouir d’une œuvre mais de ne plus souffrir, grâce à elle, de sa propre volonté. La morale de la pitié invite à une communion avec autrui qui permet de transcender sa volonté individuelle. Enfin, le nirvana est le détachement suprême, où la volonté se retourne contre elle-même, état d’abnégation volontaire, d’arrêt absolu de tout vouloir. L’homme qui réussit à nier ce vouloir qui est négatif atteint le ravissement et une jouissance libérée de la tyrannie des désirs.

 

L’expression du ressentiment

·        Il y a bien, dans cette possibilité affirmée de se libérer de sa volonté, et même de se retourner contre elle, un certain optimisme chez Schopenhauer. Mais dans cette vision de la libération, on retrouve les vertus chrétiennes d’ascèse et de sacrifice.

·        Nietzsche ne manquera d’ailleurs pas de voir, dans l’esthétique et la morale de Schopenhauer, l’expression du ressentiment contre la vie qui, selon lui, caractérise déjà le judéo-christianisme.

 

Publié dans politique et morale

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