La liberté (cours)

Publié le par lenuki

LA LIBERTE



A) LA LIBERTE DU SAGE


1. La liberté comme absence de contrainte.
Définition la plus commune de la liberté = être libre = faire ce qui nous plaît, satisfaire nos désirs sans obstacle ni contrainte. Agir librement = agir volontairement, volontiers. Cf. sens ancien : homme libre = un homme qui n'obéit qu'à lui-même (opposition à l'esclave).
Mais ne puis-je pas volontairement, joyeusement, me précipiter dans la servitude ? cf. Spinoza : « Etre captif de son plaisir, c'est le pire esclavage ». Donc agir librement = agir de façon réfléchie, afin de ne pas regretter un acte impulsif ou imprudent. (cf. ivrogne ou joueur).

2. L'assentiment au destin.
Qu'est-ce que la liberté, si elle n'est pas abandon aux impulsions du désir ? Pour les Stoïciens (cf. Epictète) la liberté réside dans l'assentiment à l'ordre providentiel de la nature : il y a en effet, les choses que je ne peux pas changer (événements du monde, maladie, mort). Donc le meilleur moyen de ne pas subir ce qui m'arrive est de le vouloir pleinement c'est à dire vouloir ce que veut la divine raison qui ordonne toute chose, consentir à la nécessité. Alors le véritable esclave n' est pas celui qui est soumis à l'arbitraire du maître, mais à celui de ses désirs excessifs, qui vont à l'encontre de la nature. (cf. vouloir ne pas vieillir, c'est souffrir du temps qui passe). Le sage en revanche, qui vit en harmonie avec la nature, jouit d'une absolue liberté : par quoi serait-il troublé puisqu'il a voulu tout ce qui lui arrive ?
3. La compréhension de la nécessité.
Comme les Stoïciens, Spinoza considère la nature comme soumise à la nécessité « Dans la nature, il n'existe rien de contingent, mais tout est déterminé par la nécessité de la nature divine à exister et à agir selon une modalité particulière ». Mais Spinoza ne croit pas au pouvoir absolu de la volonté, tel qu'il est affirmé par les Stoïciens. Pour lui, il n'y a pas, en l'homme, une faculté particulière de vouloir : il existe certes des volitions (actes particuliers du vouloir) mais celles-ci sont rigoureusement déterminées, comme tous les phénomènes naturels, par des causes antérieures. Donc le sentiment de liberté résulte de notre ignorance des causes véritables qui nous déterminent. L'homme est d'abord esclave : soumis aux erreurs des sens et aux illusions de la passion, voyant quelquefois le meilleur, faisant souvent le pire. Mais comment convertir en liberté cette servitude originelle ? Par la connaissance, selon Spinoza. Pour accéder à la liberté, il me faut comprendre que tout ce qui m'arrive était nécessaire, et coïncider par mon intelligence avec cette nécessité. Comprendre activement ce que j'éprouve passivement (malheur, souffrance) n'est-ce pas trouver, dans la connaissance même des conditions de ma servitude, une nouvelle forme de puissance, de liberté et de bonheur ?


B) LE LIBRE-ARBITRE


1. La liberté d'indifférence.
Mais ne me semble-t-il pas que je ne suis pas constamment soumis à la nécessité ? Sans pouvoir échapper à la pesanteur, à une question posée je peux (ou non) répondre en vérité.
Donc ma liberté se manifeste, d'abord, comme le pouvoir de choisir entre plusieurs actions possibles. Mais cette liberté a, selon Descartes, plusieurs degrés. Ainsi puis-je être confronté à un choix embarrassant, dans la mesure où rien ne me fait pencher dans un sens plutôt que dans l'autre (cf. âne de Buridan). Mais, à la différence de l'animal, je dispose d'un pouvoir de me déterminer même quand aucun motif ne l'emporte. Cette liberté , « dite d'indifférence », est le plus bas degré de la liberté : elle s'exerce toujours à l'occasion de choix insignifiants.

2. Puissance de la volonté.
Mais quand je suis confronté à un choix crucial, je ne peux décider sur simple coup de tête. Je suis alors d'autant plus libre (selon Descartes) que je suis à même de discerner la meilleure des solutions. Donc la liberté n'est pas dans l'absence des motifs, mais dans la possibilité d'arbitrer entre des motifs contraires. Cette puissance de la volonté ou libre-arbitre = « principale perfection de l'homme » car elle le rend maître de ses actions.
Ainsi, même si un mensonge peut me tirer d'affaire, je reste libre de dire la vérité, c'est-à-dire de préférer mon devoir à mon intérêt (cf. Kant). C'est pourquoi le libre-arbitre nous rend entièrement responsables de nos actes.

Dès que l'homme est capable de distinguer bien et mal, le choix du mal ne peut être imputé seulement à des conditions extérieures (passé du sujet, milieu fréquenté) : c'est le choix d'une volonté qui pouvait faire le choix opposé. Parce que l'homme a un libre-arbitre, il « est digne de louange et de blâme ». Si on félicite l'enfant qui a trouvé le résultat d'une opération, c'est qu'il n'a cédé ni à la distraction, ni au découragement mais qu' il a été capable de maîtriser ses penchants. N'est-ce pas ma possibilité de me tromper qui donne du prix à mes décisions justes ?
3. L'acte libre.
On croit souvent que acte libre = acte indéterminé. Cf. Gide Caves du Vatican. Or Lafcadio accomplit son crime « gratuit » pour prouver sa liberté : son acte n'est pas immotivé.
Donc l'acte libre ne s'oppose pas à l'acte déterminé, mais à l'acte contraint, imposé par une puissance extérieure. L'acte libre apparaît alors comme la solution la plus réfléchie à un problème. Cf. la solution d'Andromaque à son dilemne : ou bien épouser Pyrrhus pour sauver Astyanax (mais trahison d'Hector) ou bien respect d'Hector (mais mort d'Astyanax tué par Pyrrhus). Donc elle épouse Pyrrhus et se donne la mort (acte libre qui permet de concilier devoirs de mère et devoirs d'épouse).


C) LOI ET LIBERTE


1. Fatalisme et déterminisme.
Définir la liberté implique de bien distinguer le fatalisme qui asservit et le déterminisme qui libère. Fatalisme cf. Œdipe : quels que soient les événements qui le précèdent, le résultat final « est nécessaire » : il ne peut pas ne pas se produire. Donc le fatalisme rend impossible la liberté humaine.
Au contraire, le déterminisme affirme seulement que les évènements sont liés entre eux par des lois constantes et nécessaires mais la connaissance de ces lois permet de s'en libérer
.
2. La liberté dans l'obéissance.
Pour se libérer, l'homme n'a dons pas besoin d'un miracle, c'est-à-dire que les lois de la nature cessent de s'exercer (cf. conte de fées). Il lui suffit d'utiliser habilement les lois de la nature, c'est-à-dire par des techniques efficaces, de transformer les obstacles en moyens (cf. voilier qui louvoie par vents contraires). « Si je tends une voile au vent, le vent la repousse selon l'angle. L'homme oriente sa voile, appuie sur le gouvernail, avançant contre le vent par la force même du vent » (Alain).
3. La liberté civile.
De même l'absence de lois dans une société, assurant théoriquement la liberté de tous (chacun faisant ce qu'il veut) aboutirait en fait au règne de la loi du plus fort. Cf. Rousseau : dans le Contrat Social, il distingue liberté naturelle et liberté civile. Liberté naturelle = un « droit illimité » à tout ce qu'on peut atteindre, qui n'a pour bornes que les forces de l'individu. Or chacun faisant ce qui lui plaît, le plus faible s'expose surtout à subir ce qui plaît aux autres. Or « la liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui ».. Il faut donc substituer à cette pseudo liberté la liberté civile, que seul le contrat social est à même de garantir. Chacun s'engageant envers tous à ne reconnaître d'autre autorité que la volonté générale, la liberté de tous les membres du corps politique est préservée, de même que leur égalité. Tous peuvent jouir des mêmes droits en toute sécurité, car en obéissant à la loi, expression de la volonté générale, le citoyen n'obéit qu'à lui-même «L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté» (Contrat Social).

 

 

 

 

Publié dans politique et morale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article