Qu'est-ce que les Lumières? ( commentaire intégral)

Publié le par lenuki

Qu'est-ce que les Lumières ?

                                                ( Kant éd. Les mille et une nuits )

 

« Les Lumières....devise des Lumières » p. 14

Lumières = processus par lequel l'homme s'arrache progressivement à la « minorité ». Etat de minorité = état de dépendance, d'hétéronomie (condition d'un individu ou d'un groupe obéissant à une loi reçue de l'extérieur). Principes hétéronomiques de la moralité pour Kant : déterminations de la volonté faisant appel à d'autres ressorts que l'idée de loi en général, comme éducation ou sentiments par exemple ( principe = norme d'action, règle). Dans cet état de minorité, l'homme n'obéit point à une loi qu'il s'est lui-même prescrite mais est au contraire sous la tutelle d'autrui. Autrement dit, le principe subjectif d'action de l'individu n'est pas sa propriété mais l'œuvre d'autrui. Or tous les despotismes n'ont-ils pas comme support l'abdication des sujets soumis, d'où renoncement à la pensée et à l'action...? Et Kant impute la faute (morale) et non l'erreur (épistémologique) de ‘état de minorité non à l'oppresseur, mais à ceux qui consentent à leur autorité, à ceux qui par leur paresse ou lâcheté laissent leur entendement sous la direction de maîtres, de tuteurs. Kant rejoint ici Rousseau : les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'à la volonté d'en sortir, et finissent par aimer leur servitude. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. S'il y a donc des esclaves par nature, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature. Il ne s'agit ici, ni pour Kant, ni pour Rousseau, de légitimer l'esclavage, mais de réveiller les consciences de l'acceptation de l'inacceptable. La maxime des Lumières a donc pour but de permettre la reprise de soi par soi, en ayant le courage de penser par soi-même, c'est-à-dire de se servir de son propre entendement. Entendement = capacité de juger et distinguer vrai/faux, bien/mal, en se situant par rapport à eux. Or c'est l'entendement qui fonde la dignité humaine. C'est pourquoi, selon Kant, tout être raisonnable existe comme fin en soi, et pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté peut user à son gré. L'homme dans toutes ses actions, doit donc être considéré comme une fin, parce qu'il a une valeur absolue, tandis que les choses, qui ont un prix, ont une valeur relative.

En sommant l'homme de sortir des nimbes du sommeil, les Lumières affirment le primat de la détermination pratique (est pratique tout ce qui est possible du fait de la liberté) sur le savoir théorique. Or le pratique porte sur ce qui doit être tandis que le théorique porte sur ce qui est, d'où un passage de la contemplation à la responsabilisation.

 

« La paresse et la lâcheté... en refaire l'essai » ( second paragraphe)

La pensée de Kant, se fait, ici, plus précise et plus cynique. Dans le premier paragraphe, il définissait de manière générale les lumières et incriminait la lâcheté des hommes qui s'en remettent à d'autres pour penser, ici il met au jour le mécanisme d'abêtissement conduit par des directeurs de conscience, à travers l'image d'un jeune enfant apprenant à marcher. Pour comprendre le mécanisme de l'aliénation, Kant met au jour sa bipolarité.

1. D'abord c'est la paresse et la lâcheté qui sont causes efficientes de l'obscurantisme dans lequel se complait la majorité des hommes. Or depuis longtemps, les hommes peuvent utiliser leur propre entendement (ni tare congénitale, ni idiotie) à capables, en droit, d'user de leur raison. Et pourtant ils se laissent  asservir par d'autres qui n'ont pas plus de raison qu'eux, mais qui ont un ascendant factuel et social qu'ils leur reconnaissent.

2. Ensuite la minorité appelle et facilite l'emprise des maîtres sur les esclaves, comme un troupeau bêlant appelle la protection du berger. Or si les hommes avaient le courage de penser par eux-mêmes, nul ne viendrait le faire à leur place. Mais « il est si aisé d'être mineur » ! Quoi de plus sécurisant que l'infantilisme prolongé ? (cf. Freud : l'illusion religieuse comme réactivation du désir d'être aimé et protégé de l'enfant). De même que la religion, pour Freud, apaise l'angoisse d'exister, de même (pour Kant) il est doux et commode de se laisser bercer et berner par les Lumières et la prétendue sagesse d'autrui : mes livres pensent pour moi et me donnent des réponses, mon pasteur calme ma conscience par l'absolution et mon médecin s'occupe de mes règles d'hygiène en me soignant par des médicaments et des prescriptions. Ainsi s'achète à bon prix la bonne conscience. L'homme donne aux autres ce qui est de sa plus haute responsabilité, car le pas vers la majorité est pénible et dangereux. Penser par soi-même, n'est-ce pas penser avec soi-même et parfois contre soi-même et les autres (cf. Socrate) ? Certes l'autonomie de la volonté est une tâche difficile, mais pas insurmontable. Mais d'où vient la crainte de franchir le pas ?  D'une  emprise idéologique exercée par les tuteurs : n'y ont-ils pas intérêt ?

Comment maintenir un peuple tout entier dans l'obscurantisme et les fers, sinon en lui montrant  les périls (hérétiques) de la libre pensée et les écueils de l'indépendance ? Kant, par la métaphore de l'apprentissage de la marche montre que l'enfant, jeté sur ses jambes fragiles sans autre soutien, s'écrasera au sol : mais n'est-ce pas une chute normale ? Quelques ecchymoses n'ont jamais tué personne ! De même l'indépendance de la pensée, après quelques ratés et infortunes, parviendra à maturité. On soulignera ici l'implicite confiance de Kant dans les facultés d'apprentissage rationnel de l'homme (cf. l'importance qu'il accorde à l'éducation).

 

« Il est donc difficile... marcher d'un pas assuré » (p. 13 / 14)

On sait que l'habitude crée une seconde nature. Or chez un être culturel comme l'homme, un mécanisme acquis peut-être prégnant. Et qu'est-ce qu'un mécanisme, sinon la discipline par la répétition ? Ainsi les préjugés (littéralement : ce qui vient avant tout jugement autonome) sont d'une force exceptionnelle et imposent, un peu à la manière des instincts, des pensées, des conduites pré-fabriquées. L'homme, tout au long de son éducation, emmagasine de manière le plus souvent inconsciente cette « Weltanschauung », sans en vérifier le bien fondé. Ainsi le préjugé finit-il par prendre la force de l'évidence. Dès lors, l'état de minorité ne se signale pas comme tel : le préjugé voile la vérité. C'est pourquoi l'homme, pris individuellement, peut difficilement s'arracher à lui. Ainsi l'incapacité de se servir de son propre entendement pour se laisser diriger par celui d'un autre n'est pas le fait d'un défaut constitutif, mais constitué. Cette abdication n'est que le fait  d'une incapacité momentanée, orchestrée par les interdits émanant des pouvoirs (politiques, sociaux, religieux, professionnels) autoritaires et pernicieux. C'est par manque de liberté que l'homme se trouve rabaissé au rang de son animalité sensible sans pouvoir accéder réellement à l'humanité et à sa destination suprasensible d'être raisonnable, indépendant de ses conditions naturelles d'existence. « L'homme a pris goût à ses fers comme les compagnons d'Ulysse prirent goût à leur abrutissement » (Rousseau). Mais il ne faut pas se méprendre : ce dont il faut désespérer, ce n'est pas des dons de l'homme, mais de leur mauvais usage. La raison en tant que telle n'est pas corrompue, mais elle peut-être viciée par l'utilisation qu'en fait l'homme. Il faut donc s'astreindre à une véritable rééducation pour retrouver la marche et la démarche convenables. Vouloir se défaire de ses préjugés serait comme si un éclopé voulait se passer de ses béquilles : sitôt aurait-il fait un pas qu'il perdrait l'équilibre à peu d'hommes sont parvenus à sortir de la minorité : l'habitude de l'inactivité paresseuse empêche l'élan créateur. Peu d'hommes ont assez de courage pour braver les interdits sociaux et les conventions (cf. Socrate)... !

 

« Mais qu'un public s'éclaire lui-même... masse privée de pensée » (p. 14-15).

Si la possibilité d'une libération individuelle est hautement improbable, Kant n'exclut pas une libération émanant de plusieurs. De même que la pensée ne s'éclaire elle-même que par son passage par l'extériorité, l'objectivité, l'élan libérateur se différenciera d'autant mieux qu'il irradiera le plus grand nombre possible d'individus.

Mais encore faut-il qu'on laisse offerte aux consciences éclaircies la possibilité de « chauffer » les autres, c'est-à-dire la liberté d'expression. Celle-ci, en effet, est la condition de la pensée autonome. En effet, il ne s'agit pas de désespérer du genre humain : des consciences éclairées, il en existe et il en existera toujours même parmi celles qui détiennent un pouvoir, une autorité. Les hommes que leur statut social favorise permettront de mieux diffuser cette nécessité, fondatrice de la dignité humaine, de penser par soi-même. C'est des tuteurs eux-mêmes que peut jaillir une véritable réforme de l'entendement et non de ceux chez qui la conscience s'est quasiment éteinte. C'est par leur médiation que l'humanité trouvera le chemin de la maturité, gagnée par la sortie de l'état de minorité. Mais le rôle de ces éducateurs est rendu difficile par la résistance que leur oppose le peuple attaché à sa propre aliénation. Le peuple est nourri des fausses espérances émanant du « faux-savoir » des tuteurs qui, eux, ne sont pas parvenus à se défaire des préjugés. Aussi exercent-ils une pression, voire une oppression sur ceux dont ils ont la charge et la garde. Et ceux-ci, nourris par la promesse d'un bonheur après la mort, par exemple, ne pensent même pas qu'ils pourraient le trouver ici-bas, dans la liberté de la pensée. C'est pourquoi les Lumières sont une entreprise de longue haleine. C'est donc bien un état d'esprit qu'il s'agit de réformer, une nouvelle possibilité d'existence et de conscience. Il ne s'agit pas de faire tomber un despote plutôt qu'un autre mais de transfigurer le regard des hommes sur eux-mêmes et le monde. La différence est de taille : car si un despotisme peut en cacher un autre, comme un préjugé peut en générer un autre, en revanche la pensée libre appelle une pensée de la liberté.  Liberté dont un despote ne saurait jamais triompher. 

« Or pour propager ces lumières... la perpétuation éternelle des inepties » (p. 15-20).

Or cette liberté que Kant appelle de ses vœux est à définir. En effet, il ne s'agit pas de licence débridée ou de jouissance démesurée. La liberté n'est pas absence de limites, le « faire » ou « dire ce qu'on veut », l'anarchie de la parole, mais l'acceptation de limites qu'on s'est données à soi-même. D'où il faut préciser ces limites. C'est le sens de la distinction entre usage public et usage privé de la raison.

Usage public de la raison = usage que l'on fait en tant que « savant » c'est-à-dire en tant que spécialiste compétent dans un domaine précis, c'est l'exercice de son entendement à des fins universelles et objectives (cf. par exemple Déclaration Universelle des droits de l'homme). Contraindre cet usage public, c'est le despotisme. Au contraire, l'usage privé de la raison se doit d'être limité. Si comme citoyen du monde, je jouis d'une entière liberté, en tant que citoyen d'un Etat, je me dois d'obéir à ses lois et ses prescriptions. Le savant est comme cet homme lié à un devoir d'obéissance en politique, sans quoi l'humanité retournerait à la barbarie de l'état de nature avec la dissolution des institutions de la république (chose publique). Ici, un certain « mécanisme » est nécessaire, c'est-à-dire que l'homme doit obéir passivement et non faire valoir activement sa critique à l'égard des institutions. Cf. Socrate condamné à mort : admet les lois de la cité, même si elles peuvent paraître injustes, puisque l'ayant condamné à mort. N'est-ce pas cette obéissance aux lois qui est garante de la cohésion du groupe social, du lien entre les citoyens ? Cf. les exemples de Kant : éclairants.

1. Militaire = officier = obligé, par sa charge, d'obéir aux ordres (usage privé de sa raison restreint). Mais comme spécialiste en polémologie, il peut faire part de ses vues sur la meilleure stratégie pour remporter la victoire (usage public de sa raison).

Cf. Rousseau dans le Contrat social : distinction de l'homme comme sujet, soumis à la loi et de l'homme comme citoyen, créateur de la loi.

Cette personne publique qui se forme par l'union de toutes les autres s'appelait autrefois Cité, et aujourd'hui République ou corps politique qui se nomme par ses membres Etat lorsqu'il est passif, Souverain quand il est actif, et Puissance par comparaison avec ses semblables.

Les associés ensemble se nomment peuple, et s'appellent citoyens comme participant à l'autorité souveraine et sujets comme soumis à l'Etat.

 

2. Autre supposition : imaginons que plus personne ne paie ses impôts : c'est le chaos (impossibilité de faire régner l'ordre public, de venir en aide aux défavorisés, d'assurer la route à tous ou de dispenser un enseignement...) ; C'est pourquoi, pour Kant, il faut s'acquitter de ses impôts comme simple contribuable, mais comme citoyen on peut critiquer la répartition inéquitable qui peut en être faite. Payer ses impôts # abandonner son esprit critique, mais agir en citoyen responsable.

Le développement des Lumières n'a pas à craindre la limitation de l'usage privé de la raison, car il y gagne en efficacité. En revanche, la limitation de l'usage public de la raison ruinerait l'esprit même des Lumières, puisque ici on saperait la dignité même de l'homme, qui réside dans sa faculté de penser.

3. L'ecclésiastique par rapport aux dogmes religieux : comment concilier raison éclairée et foi aveugle ? Comment concilier dans l'Eglise l'aspiration légitime à la liberté et la soumission à une autorité soupçonneuse ?

Or pour Kant, la charge de fonctionnaire de l'Eglise n'exclut pas la critique du symbole, pourvu que l'on distingue usage privé et usage public de la raison. Si un prêtre se doit d'enseigner les lignes de la foi et du catéchisme, il lui est aussi permis, en tant que théologien, d'exposer les certitudes de sa foi intérieure. Le combat de Kant n'est pas antireligieux mais il vise à lutter contre tous les dogmatismes que véhiculent des tuteurs restés en état de minorité et qui sèment par leur ignorance les graines du fanatisme. Or le mouvement des Lumières exige des éducateurs eux-mêmes éduqués aux lumières de la raison. Sans quoi « l'aberration » de la minorité ne permettra pas l'élévation du genre humain vers sa destination rationnelle, donc morale.

 

« Mais une telle société ecclésiastique... (p. 20)... quelques tyrans contre le reste de ses sujets » (p. 23).

L'aberration de la minorité ne peut que se perpétuer si les tuteurs (ici religieux) s'ingénient à obstruer l'accès à la libre pensée par une fixation définitive du dogme religieux. Un tel « accord » entre ces « ecclésiastiques » sur un « certain symbole immuable » serait impossible, au sens de contre-nature et légalement nul. Fixer pour toujours les articles de la foi ruinerait la possibilité même de cette libération de l'homme par l'usage de son propre entendement, et reviendrait à lui nier toute dignité, puisqu'il ne penserait plus ni n'agirait en tant que sujet libre et responsable, mais verrait sa pensée et son action devenir hétéronomes (dépossession de soi = humanité déchue). De plus, un tel accord n'aurait aucune valeur légale. En effet, un contrat imlique le libre consentement des parties contractantes et la légalité de l'obligation. Or ici les religieux décideraient à la place du peuple, sans consentement, et l'aliénation consentie de la liberté est « pure folie » (Rousseau) et la folie ne fait pas droit. (Exemple : si je peux - mais est-ce bien raisonnable ? - aliéner ma propre liberté - cf. contradiction - au nom de quoi le ferais-je pour mes enfants ?).

Selon Kant, est juste et légitime la loi que le peuple voudrait pour lui-même. La loi doit donc être au service du peuple (ce qui la distingue d'un décret arbitraire). Or Kant ne suit pas jusqu'au bout le démocrate Rousseau : il reste prudent, en marquant son allégeance au Roi de Prusse Frédéric II. Mais cela ne l'empêche pas de limiter l'autorité politique : en effet, s'il n'est pas permis à un peuple d'aliéner sa liberté, il n'est pas non plus permis à un prince d'aliéner le peuple au bon vouloir de quelques autorités de tutelle.

Le rôle du politique est de garantir la paix civile. Le rôle du monarque est donc de préserver l'ordre social, qui est la condition de l'exercice de raison. Et il serait préjudiciable à un Prince de s'immiscer dans le travail de la raison des savants, car il agirait comme une autorité tutélaire qui viendrait imposer un joug aliénant à son propre peuple. Ce serait ruiner le processus de libération propre aux Lumières. On le voit, pour Kant, l'essence du politique réside dans la paix civile et la garantie de la liberté d'expression des sujets, qui doivent coexister l'un l'autre. En effet, faire régner la paix sans la liberté serait sombrer dans le despotisme et assurer la liberté sans l'ordre, c'est retourner à un état de violence pré-civil.

Aussi est-il du devoir de Frédéric II de faire régner l'ordre et de garantir la liberté de ses sujets en les préservant du « despotisme clérical », qui les maintient dans l'état de minorité.

 

« Si donc maintenant on nous demande... ou siècle de Frédéric » (p. 23-24).

L'époque de Kant est-elle éclairée ?

Non. Mais si elle ne l'est pas, elle est en voie de l'être.

Lumières = processus lent, qui ne peut s'édifier qu'au cours d'une évolution dont la marche d'une part n'est jamais assurée et, d'autre part, dont le terme est davantage postulé idéalement que réalisable historiquement. Kant croit pouvoir déceler des éléments positifs et probants, auxquels le règne de Frédéric II n'est pas étranger.

 

« Un prince qui ne trouve pas indigne de lui... si seulement on ne s'évertue pas à les y maintenir » (p. 24-25).

Kant rend grâce à Frédéric II d'avoir été le premier à permettre au genre humain de se libérer des tutelles religieuses. Cette libération va au-delà de la simple tolérance qui suppose une démarcation nette entre l'autorité et le toléré. Tolérance qui laisse toujours planer la possibilité d'un arbitraire et d'une répression politique. S'il y a tolérance, c'est qu'il y a une marge de permission qui peut se restreindre au fil des raisons politiques. Etre tolérant, c'est encore marquer qu'on pourrait ne pas tolérer. Or sous le règne de Frédéric II, permettant un libre « usage privé de la raison », les ecclésiastiques peuvent comme savants exprimer leurs divergences, et la sécurité civile n'a pas à en pâtir, bien plus même (cf. passage suivant) elle en est la condition de possibilité. De plus, un tel gouvernement peut offrir un modèle politique aux autres Etats, montrant la possible conciliation entre liberté des sujets et maintien de la paix civile. Cet Etat est donc à la fois éclairé et éclairant, permettant d'éviter de sombrer dans la haine de l'Etat qui, selon Kant, va de pair avec la haine de la raison (misologie). Désespérer du politique à atteindre la liberté ou de la raison à atteindre le vrai, c'est perdre la foi en une existence pleinement humaine et valant la peine d'être vécue. A la croisée de ces chemins : le fanatisme et l'obscurantisme (comme régressions toujours possibles).

 

« J'ai fait porter le point essentiel... n'a surpassé celui que nous honorons » (p. 25-26).

Kant, jusqu'alors, s'est préoccupé de la question religieuse. Et sa conclusion est claire et novatrice : un monarque n'a aucun intérêt à voir son peuple maintenu dans l'état de minorité par le pouvoir clérical. Un tel asservissement à la (dé) raison religieuse reviendrait à nier l'humaine liberté et à faire de l'homme une chose.

Vouloir plus ou moins maintenir le peuple en état de minorité relève du despotisme, car c'est vouloir régner sur des volontés comme si elles étaient des choses. La vraie politique est un « pouvoir sur » prenant en compte l'intérêt des volontés. Le monarque doit comprendre qu'il est dans son intérêt de laisser aux citoyens le libre usage de leur raison. Les sciences et les arts ne peuvent s'édifier que sur un terrain de liberté. Et réduire la liberté d'expression serait mettre en péril le progrès intellectuel.

Or quel intérêt aurait un prince à voir son peuple stagner dans l'inculture comme un porc se complaisant dans la fange ? En ce qui concerne la politique, la discussion publique permet l'amélioration des lois. Dans une république de citoyens, la confrontation des idées est le garant d'une plus grande rationalisation de la société. La raison n'est-elle pas ce qui nous unit par-delà tout ce qui nous différencie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans textes oral

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Merci, cela beaucoup aidé :)


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