Le travail
Le travail et la technique

Seul l'homme travaille
Le travail est spécifiquement humain
- On n'a pas coutume de dire qu'un fleuve qui, par ses alluvions, forme un delta, ou
qu'un castor qui construit un barrage travaillent au sens propre du terme. Seul l'homme travaille.
- Dans Le Capital (1968), Marx montre comment l'homme joue à l'égard de la nature
le rôle d'une puissance naturelle. Pour s'assimiler les matières en leur donnant une forme utile à la vie, l'homme use de ses forces physiques (bras et jambes, tête et mains). Il agit ainsi comme tout être vivant. Mais cette activité purement naturelle ne définit pas le travail.
- Le travail humain se différencie de la simple transformation naturelle ou encore de la
prise de possession de moyens de subsistance tout trouvés (la cueillette de fruits, par exemple) par l'utilisation d'outils.
- L'outil est l'intermédiaire entre l'homme et la nature, un prolongement du corps
anatomique. A la différence des animaux, les hommes ne sont plus tributaires de leur capacité organique.
- Dans la production, dit Marx, le travailleur « convertit des objets extérieurs en
organes de sa propre activité, organes qu'il ajoute aux siens de manière à prolonger son corps » (Le Capital).
- L'oiseau qui bâtit son nid transforme la nature en utilisant ses organes naturels et agit
par instinct. Chez l'homme, l'outil intervient comme moyen : la production est donc consciente. L'usage des outils, des techniques doit être intellectuellement conçu.
- « Ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte,
dit Marx, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche » (ibid.). Le résultat auquel le travail aboutit préexiste dans l'imagination du travailleur.
- En tant que consciente, l'activité du travailleur est déterminée par un but à atteindre.
- L'œuvre, dit Marx, « exige pendant toute sa durée, outre l'effort des organes qui
agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d'une tension constante de la volonté » (ibid.). C'est pourquoi le travail est pénible.
- Le travail peut donc se définir comme la transformation consciente de la nature par
l'intermédiaire d'outils.
- Objet fabriqué, l'outil est une médiation : « Le travailleur s'empare immédiatement
non pas de l'objet mais du moyen de son travail « (ibid.).
- Cette médiation introduit une autre dimension dans la production : la technique. Non
seulement le travailleur peut se servir des propriétés physiques des choses pour « les faire agir comme forces sur d'autres choses », mais il peut aussi fabriquer des machines, des ateliers, etc.
- « Ce qui distingue une époque économique d'une autre, c'est moins ce que l'on
fabrique que les moyens par lesquels on fabrique » (ibid.). Le facteur technique détermine le degré d'évolution du travail.
- Avec le développement des techniques, le travail matériel apparaît de plus en plus
comme l'application des lois découvertes par l'activité de la pensée.
- La complication et la division croissante du travail exigent une organisation, une
direction de plus en plus précises. Si bien que la notion de travail ne recouvre pas seulement le travail manuel, mais aussi le travail intellectuel, d'organisation, de direction.
- Seul ce travail peut-être mesuré économiquement en valeur ajoutée. Le travail d'un
ingénieur, d'un avocat, d'un professeur ne produit rien : la modification de la réalité qu'il opère ne fait pas exister un autre être.
A lire : Karl Marx, Manuscrits de 1844, 1844 : premier manuscrit, « Le travail aliéné ».