Faut-il réaliser tous ses désirs?

Publié le par lenuki

bonheur quand            Problématisation de la question posée :

Selon Aristote, la fin de toute vie humaine est le bonheur. Or être heureux, c’est parvenir à mener la vie qui réalise son bien. Encore faut-il être capable de discerner quel est son bien véritable. D’aucuns prétendent que celui-ci réside dans la satisfaction de tous les désirs,  sans exception. Pour être heureux, faut-il donc satisfaire, accomplir ou réaliser tous ses désirs ? Il est un fait que nous souffrons tous de désirs insatisfaits, parce qu’ils marquent un manque que nous cherchons, parfois à tout prix, à combler. En ce sens n’est-il pas naturel de vouloir réaliser tous ses désirs ? De plus, si le désir est l’essence de l’homme, comment pourrions-nous ne pas souhaiter réaliser cette essence, c’est-à-dire chercher à nous développer au travers de la satisfaction de tous nos désirs ? Mais le désir lui-même n’est-il pas foncièrement ambigu à l’égard de sa propre satisfaction, car elle signe en même temps sa propre disparition ? De plus, réaliser tous ses désirs, ne serait-ce pas se condamner à ne plus en avoir ? Enfin, si nos désirs sont contradictoires, comment pourrions-nous les réaliser tous sans contradiction ? Une telle satisfaction n’apparaît-elle pas alors à la fois impossible et illusoire ? Et une société où tout un chacun pourrait réaliser tous ses désirs est-elle viable ? Hobbes n’a-t-il pas montré que cela constituerait un retour à l’état de nature, où règne « la guerre de tous contre tous » ? Toute vie sociale n’implique-t-elle pas alors une nécessaire limitation des désirs ? Est-ce à dire pour autant que cela nous condamnerait à ne pas être heureux, puisque nous ne pouvons pas nous réaliser, et donc réaliser nos désirs  les plus profonds, sans les autres ? Enfin qu’implique le verbe « réaliser » lui-même ? Ne serait-ce pas affronter la réalité, ce qui peut contrarier nos désirs (cf. antagonisme entre principe de plaisir et principe de réalité, selon Freud) ? Réaliser, c’est mener à son terme un désir, ce qui peut prendre du temps, et oblige à renoncer à la réalisation d’autres désirs ? Aussi, pour ne pas se tromper, ne faudrait-il pas « réaliser », c’est-à-dire comprendre, ce qu’est le désir afin de pouvoir distinguer, à l’instar d’Epicure, les désirs essentiels, qu’il faut satisfaire et ceux, beaucoup plus inessentiels ou artificiels, dont la satisfaction peut être différée sans dommage pour notre bonheur (ce qui nous permettrait, par là même, de déterminer ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas) ? Enfin, si le désir est bien cette force créatrice qu’évoque Spinoza, susceptible, selon Rousseau, de jouir d’elle-même, ne faudrait-il pas alors concevoir l’insatisfaction partielle comme un moteur nous permettant de nous développer et d’avancer, plutôt que de l’envisager comme une tragique et inéluctable source de souffrance ?


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