la sexualité entre nature et culture

Publié le par lenuki69

La sexualité : nature ou culture
 
 
 
Introduction
 
            L’homme est issu de la nature, comme tous les autres animaux, et présente des fonctions particulières et originales qui l’en distinguent. Il est sexué comme eux, voué à la reproduction, mais il est également un être sociable, marqué par la culture dans laquelle il vit, par les institutions et les conventions qu’il met en place.
            La sexualité est-elle naturelle ou culturelle ? Se limite-t-elle à la nature ou à la culture ? Il s’agit donc de s’interroger sur l’essence de la sexualité, sur son caractère naturel ou culturel, à savoir si l’on peut réduire la sexualité à l’un ou à l’autre. N’est-ce pas réducteur d’assimiler la sexualité à l’un ou l’autre ? La sexualité n’est-elle pas la fusion de la nature et de la culture en un individu qui, riche de sa conscience, est capable de l’intellectualiser et de la rendre ainsi unique en tant qu’il est lui-même unique ? La sexualité n’est-elle pas affaire personnelle ?
En premier lieu, la sexualité est un fait naturel dès lors qu’elle se rapporte au corps, et au primat de celui-ci. La nature est ce qui est universel, or elle confère à la sexualité ce même aspect universel. Mais elle est aussi un fait issu de la culture parce qu’elle se nourrit de conventions. La culture oriente donc les divers comportements sexuels. Enfin, la sexualité est individuelle, issue de la nature et forgée par la culture, dès lors qu’elle est marquée par notre subjectivité et notre imaginaire.
 
 
I.                   La sexualité est un fait naturel dès lors qu’elle se rapporte au corps, et au primat de celui-ci. La nature est ce qui est universel, or elle confère à la sexualité ce même aspect universel.

A. L’homme est naturellement doté d’organes génitaux ce qui en fait un être sexué.

1) Anatomie, génitalité
Anatomiquement parlant, tous les êtres humains sont dotés d’un organe sexuel, qu’il soit extérieur pour les hommes, ou intérieur pour les femmes. Le corps est donc marqué par cette réalité biologique.
 
2) Permet la distinction homme femme
Le corps est marqué par cette différence. En effet, ce n’est pas seulement l’organe sexuel, pénis ou vagin qui distingue homme et femme, c’est une poitrine, une certaine musculature Dès l’enfance, les petits garçons et les petites filles remarquent qu’ils n’ont pas le même corps, au moment d’uriner notamment. Le fait que les filles n’aient pas de pénis crée la peur de la perte du pénis, ou complexe de castration pour les petits garçons, et l’envie d’avoir un pénis pour les petites filles.
Exemple d’un bébé qui naît, la première chose que l’on regarde est donc facteur de construction de l’identité sexuelle pour l’enfant qui grandit.
 
3) La sexualité est donc ce qui sépare naturellement et universellement
Divise l’humanité en deux, et l’environnement dans lequel évolue l’espèce humaine.
 
B. La reproduction est ce qui permet de perpétuer l’espèce humaine grâce à la sexualité.

1)      Universellement, il n’existe qu’un seul moyen de se reproduire.
L’Homme est un mammifère. Union d’un spermatozoïde et d’un ovule => cellules reproductrices masculines et féminines = embryon. C’est la mère qui enfante.
Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes
« Toute femme est bonne pour [l’homme à l’état de nature]. » L’essentiel est d’assouvir son désir, d’avoir du plaisir, et de se reproduire pour perpétuer l’espèce.
Sous le IIIème Reich, une politique de natalité a été mise en place, visant à faire « s’accoupler » deux individus de « race aryenne » pour perpétuer ce type d’homme idéal.
 
2)      La sexualité est donc ce qui unit deux corps pour en former un troisième naturellement.
Lors de l’union sexuelle entre deux corps, il y a une fusion qui, naturellement, tend à aboutir à la procréation. Ne parle-t-on pas d’un enfant comme le fruit des entrailles de ses parents ?
François Jacob, Le Jeu des possibles, pourquoi deux corps en forment-ils un troisième ?
L’homme et la femme sont donc complémentaires en général et plus particulièrement lors de l’acte sexuel.
 
3)      La sexualité est à l’origine de la diversité biologique
Création d’individus nouveaux, uniques à chaque génération.
 
C. « La sexualité est donc à la fois ce qui nous sépare et ce qui nous unit » Philippe Brenot

L’Homme apparaît comme sexué et est issu de deux entités différentes, mais qui se sont unis malgré leurs différences pour créer un troisième être.
Ex : femme enceinte dont l’enfant résulte de l’union mais le fait qu’elle le porte l’individualise. Elle porte donc en elle le fruit de l’union avec le père de l’enfant, et également ce qui le distingue de lui.
 
 
II.                La sexualité est un fait culturel parce qu’elle se nourrit de conventions. La culture oriente les divers comportements sexuels.

  1. Le regard que pose la société sur la sexualité en fait quelque chose de moral

1)      Le regard religieux
La condamnation religieuse porte sur une certaine sexualité, que l'on pourrait désigner sous le terme d'érotisme, c'est-à-dire sur la sexualité déconnectée de sa fonction de reproduction sexuée de l'espèce.
Dans la religion hindoue, le sexe institué dans le Kama Sutra, que tout hindou se doit d’avoir. Sudhir Kakar: "La leçon la plus importante à tirer aujourd’hui du Kama-sutra, c’est que dans le domaine de l’amour et du sexe, la nature a besoin d’être éduquée. "
 
2)      Les coutumes
Pratiques de mutilations sexuelles, comme l’excision, la circoncision. L’excision est pratiquée pour éviter aux hommes d’avoir une femme infidèle. En effet, l’acte sexuel se trouve tellement douloureux pour la femme, qu’elle tente de le reproduire le moins souvent. La circoncision est également une pratique liée à la coutume, vue comme assainissement de l’organe sexuel masculin, mais reste néanmoins une mutilation sexuelle, même si obligatoire dans les religions juives et musulmanes.
 
3)      La sexualité érigée en valeur réduit l’individu à l’état d’objet sexuel.
La sexualité est érigée en valeur. Commerce de son corps. Prostitution, Pornographie, commerce sexuel, la femme comme objet sexuel (sur les affiches ou dans les magazines)
 
  1. La culture instaure une sexualité sociale

1)     « L’amour naît de l’usage de la société » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements
« Le moral de l’amour est un sentiment factice ; né de l’usage de la société, et célébré par les femmes avec beaucoup d’habileté et de soin pour établir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devrait obéir. » ; « L’amour, ainsi que toutes les autres passions, n’a acquis que dans la société cette ardeur impétueuse. » L’amour donne à la sexualité une dimension différente, culturelle, sociale, issue des conventions. La sexualité doit être pratiquée selon des règles.
 
2)     Le mariage, institution et réglementation
Le mariage est ce qui rend la sexualité légitime aux yeux du reste de la société.
Exemple des enfants illégitimes, hors mariage
 
3)     La sexualité détermine la possibilité ou non d’exercer tel ou tel métier
La représentation culturelle de la différence des sexes contribue à attribuer un rôle social à tel ou tel individu de tel sexe. Le rôle social est donc déterminé par la sexualité. Il existe en effet des métiers « faits » pour les hommes, comme celui de pompier, routier, Président, et pour lesquels on s’étonne de voir des femmes en occuper les fonctions. Mais un homme secrétaire ou nourrice est également incongru. Il en est de même pour les salaires : à fonction égale, un homme gagne 25% de plus qu’une femme.
 
  1. La culture peut orienter l’objet de la sexualité

1)      Inceste
Inceste autorisée en Egypte antique, où dans les mythes on retrouve Isis et Osiris, frère et sœur, qui sont également mari et femme. Ramsès II quant à lui, épouse l’une de ses filles. Tant que la société n’a pas marqué l’interdit sur l’inceste, elle ne le trouve pas « socialement absurde » Lévi-Strauss. Mais, au travers des études ethnologiques, on a vu que la pratique de l’inceste était peu répandue. L’inceste est donc une pratique culturelle rare, et c’est surtout le tabou de l’inceste qui est prônée par la culture.
 
2)      Polygamie
La polygamie est fréquente dans les tribus indigènes, où le chef se distingue des autres hommes en ayant plusieurs femmes. Dans la religion musulmane, les hommes ont « le droit » d’après le Coran, d’épouser plusieurs femmes s’il manque des hommes (notamment en tant de guerre), la femme pouvant ainsi trouver un statut et une reconnaissance sociale.
 
3)      Homosexualité
L’homosexualité était le mode de sexualité pratiqué chez les Grecs. La société a institué cette pratique, puisqu’on ne la retrouve pas dans toutes les cultures. L’homosexualité n’est pas seulement une pratique, elle est la règle : les femmes étant méprisées, les hommes se devaient d’avoir un amant. On retrouvait souvent cette pratique entre un maître et son élève. Actuellement en Occident, on assiste à un développement d’une culture gay où les homosexuels revendiquent les mêmes droits que les hétérosexuels, et réclament davantage de tolérance et de liberté.
 
 
III.             La sexualité, issue de la nature et forgée par la culture, est donc individuelle dès lors qu’elle est marquée par notre subjectivité et notre imaginaire.
 
  1. La sexualité est subjective parce qu’il y a de l’érotisme.

1)      Des moyens contraceptifs existent pour ne pas forcément donner à la sexualité une fonction de procréation. Il y a un contrôle de la sexualité, de la fécondité.
Dans ce cas, la sexualité prend la fonction de plaisir, de satisfaction des désirs, issue de la libido. La femme et l’homme sont donc en mesure de maîtriser les conséquences de leur sexualité et de choisir le moment où ils désireront avoir un enfant.
 
2)      On choisit son partenaire sexuel.
L’objet sexuel n’est pas n’importe lequel. Il intègre une certaine subjectivité, parce qu’il exacerbe nos goûts. Mais il est souvent difficile d’expliquer pourquoi quelqu’un nous plaît, voire pourquoi il nous a plu.
 
3)      Erotisme, séduction
Dès lors que quelqu’un nous plaît, on fait tout pour lui plaire. L’érotisme entre en jeu. C’est un véritable système de signes du corps qui se met en place pour montrer à l’autre qu’il nous plaît. Or ces signes peuvent être conventionnels, maîtrisés et conscients, comme le fait de marcher, de bouger de réagir de telle façon de faire sentir à l’autre qu’il nous plaît, ou naturels, incontrôlables et inconscients, comme le fait de rougir et même de dégager une odeur imperceptible consciemment qui révèle notre désir à l’autre. Plus loin dans la phase de séduction, la nudité érotique vise à séduire l’autre, explique Chantal Jacquet.
 
  1. La sexualité est d’autant plus subjective que l’on trouve de nombreux cas de perversions sexuelles.

Freud décrit ces perversions sexuelles dans Trois essais sur la théorie de la sexualité. Il en dénombre sept. Les perversions sexuelles sont des déviations sexuelles de deux types.
1)      les déviations par rapport à l’objet
L’homosexualité ou la pédophilie. L’objet de la sexualité dite normale et naturelle est dévié. Dans le premier cas, c’est le « genre » de l’objet qui change, on aime la mêmeté au lieu de l’altérité, l’amour pour notre parent de sexe opposé est trop important ou parce qu’on n’a pas eu de modèle du sexe opposé. Dans le cas de la pédophilie, c’est l’âge, ou plutôt la différence d’âge entre les deux partenaires qui est anormale, puisqu’un adulte a un rapport sexuel avec un enfant, c’est-à-dire quelqu’un qui n’est pas arrivé à maturation sexuelle.
 
2)      les déviations par rapport au but
La fellation, la pénétration anale, le voyeurisme, l’exhibitionnisme et le sado-masochisme.
 
3)      Les agressions sexuelles
Le viol, qui est un acte sexuel pratiqué avec une personne non-consentante, forcée et qui plus est, souvent violente, révèle une certaine animalité qui résulte d’une souffrance, d’un mal-être de l’individu, incapable de se contrôler. Ceci est souvent dû à des maltraitances sexuelles dans l’enfance de l’individu qui n’a pu établir un rapport « normal » aux autres, voire aux autres du sexe opposé, puisqu’il a subi un traumatisme affectif.
 
  1. La sexualité est donc unique, parce qu’elle est propre à chaque individu et à son passé, et qu’elle est intellectualisée.

1)     Le passé, l’histoire de chaque individu détermine son rapport à la sexualité.
Elle dépend donc de l’éducation que l’on a reçue, et du rapport que l’on a eu avec nos parents. C’est de là qu’émerge le concept d’Œdipe expliqué par Freud. Prenons l’exemple du petit garçon entre trois et cinq ans, qui éprouve inconsciemment du désir pour sa mère, et souhaiterait la posséder au détriment de son père. Il établit une relation de rivalité avec son père. Ce complexe disparaît avec le complexe de castration, qui est la peur pour le petit garçon de perdre son pénis, en voyant les filles qui n’en ont pas. Cette angoisse le mène donc à refouler violemment le désir oedipien pour sa mère. Ce refoulement est nécessaire pou intégrer la règle sociale de l’interdit de l’inceste, puis les autres règles sociales, et enfin, s’identifier au père, qui va permettre au garçon de se construire, si l’image est valorisante. De plus, c’est dans l’enfance que l’on produit nos fantasmes.
 
2)     Chacun est doté d’un imaginaire sexuel très développé, ce qui permet en partie d’imaginer des désirs.
Les désirs existent parce que l’on a une conscience capable de les imaginer, et un inconscient qui les produit. C’est ce qui mène à l’excitation, où c’est le désir de l’autre qui prend le dessus, où l’on imagine posséder l’autre à tout moment. Seul, ce sont ces désirs, formés par l’imagination en perpétuelle action, qui vont poussés l’individu à la masturbation. C’est ainsi le moyen de mieux connaître son corps, voire de s’avouer des fantasmes inconscients, que l’on n’oserait partager avec quelqu’un d’autre.
 
 
Conclusion

            Maupassant décrit la sexualité réduite à la reproduction comme une « abominable loi de la reproduction qui fait de la femme normale une simple machine à pondre des êtres. » On ne peut donc pas distinguer une part naturelle ou culturelle dans la sexualité, ni en faire une chose totalement naturelle ou culturelle. Elle ne se limite ni à la nature ni à la culture. La sexualité est le fruit de la fusion entre nature et culture, dont la valeur essentielle est la subjectivité consciente de l’individu, capable d’intellectualiser, de penser et de mettre en œuvre sa sexualité. Elle prend donc une valeur intersubjective puisqu’elle met en relation la subjectivité de deux individus. « La sexualité humaine ne revêt pas la forme d’un pur instinct animal, mais d’une puissance érotique qui joue avec les interdits régissant les rapports sociaux. » nous dit Chantal Jacquet, ce qui montre à quel point la sexualité est liée à la nature, en tant que l’homme est un mammifère, à la culture, parce que l’homme vit en société, et à l’individu, puisqu’elle est intellectualisée.
 
 
 

Publié dans la culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article