le langage cours résumé

Publié le par lenuki69

Le langage
 
 
Définitions
 
  1. Du général au particulier
 
Le langage
C’est le concept le plus général : il s’applique à l’humanité tout entière et désigne la faculté, l’aptitude à s’exprimer et à communiquer au moyen de signes. Ces derniers peuvent être autre chose que des mots. En art, on parle du langage des couleurs, et en danse, de celui du corps, par exemple.
 
La langue
Toute langue est un système de signes. Elle constitue l’ensemble des conventions par lesquelles la faculté du langage se réalise à l’échelle d’une société ou d’une collectivité.
 
Il existe des langues de mots ou de syllabes, comme les idéogrammes chinois ou les hiéroglyphes de l’Egypte antique. Il y a des langues où le verbe doit toujours occuper la même place dans la phrase, en allemand par exemple. On qualifie aussi des niveaux de langues, selon que l’on use d’un langage familier ou précieux.
L’important est que chaque signe obtient son sens en fonction du contexte dans lequel il est inséré et pas seulement en lui-même.
 
[ Langue universelle
Projet élaboré par Leibniz au XVIIe siècle, qui devint une réalité au XIXe siècle, avec l’invention de l’espéranto, mais paradoxalement peu pratiqué. ]
 
La parole
On désigne ainsi la manière personnelle de s’approprier la langue. La psychologie individuelle, la volonté et les attitudes physiques interviennent quand il y a prise de parole.
 
  1. Du signe au sens
 
Le signe
Chaque mot est un signe. C’est une entité à double face : une face sensible, visible, audible, que l’on appelle le signifiant ; une facture intellectuelle, mentale, appelée le signifié, c’est-à-dire ce que l’on comprend, le concept, le sens du mot. A ne pas confondre avec le référent qui est, lui, l’objet réel désigné par le mot.
Dans un signe, le lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire. Il n’y a pas d’attache naturelle ni logique entre les deux. C’est une simple convention interne à chaque langue. « Frère » et « brother » sont, par exemple, deux signifiants conventionnels de même idée.
 
Le signal
Il peut être naturel (le ciel noir annonce l’orage) ou artificiel (le feu rouge oblige à s’arrêter), mais il se situe dans le seul domaine de la perception et provoque une attitude, un geste réflexe : s’abriter, stopper, etc. Il ne suppose donc pas une activité intellectuelle de compréhension. Il s’agit d’un fait physique qui renvoie à un fait physique.
 
Le symbole
Au sens strict, c’est un signe particulier par lequel le signifiant entretien un rapport pertinent avec l’idée qu’il représente. La balance, par exemple, est le symbole de la justice, par la figure de l’équilibre des parties en présence. Mais on utilise souvent « symbole » au sens général du signe, dans l’expression : faculté symbolique de la pensée humaine, qui veut dire capacité à utiliser des signes et de se rapporter à un sens.
 
  1. De l’homme à l’animal
 
Exemple
Le langage des abeilles a été étudié par Karl Von Frisch, savant autrichien qui a publié ses résultats en 1950. L’abeille émettrice du message se sert de son corps pour signaler l’emplacement d’une fleur à butiner. Elle effectue une danse en huit ou en cercle pour signifier la direction et la distance. Les autres abeilles, réceptrices du message, « comprennent » ou il faut aller. On a donc affaire aux ingrédients principaux du langage : signes et passage d’informations.
 
Analyse
En réalité, le contenu du message est toujours lié aux besoins physiques primordiaux. Sa forme ne varie jamais d’un individu à un autre pour exprimer la même coseet il n’y a pas non plus différentes  « langues » au sein de la même espèce. Sa structure est totalement monolithique : la danse de l’abeille ne se laisse pas décomposer en éléments internes.
Le langage humain est construit sur « une double articulation » : des unités de sons (lettres, syllabes) et des unités de sens (mots, préfixes, désinences) qui, par leurs combinaisons multiples, donnent une infinité de messages possibles.
 
Les conclusions
L’analyse linguistique du « langage des abeilles » établit qu’il s’agit d’un code de communication par signaux, et non d’un langage par signes. Sa fonction est d’inciter à une attitude physique, non à un dialogue.
Il n’y a pas de passage nécessaire à une pensée, à une compréhension, pour capter ou émettre un signal.
A l’inverse, il y a signe, il y a sens et, par conséquent, pensée conceptuelle. Donc, hommes et animaux sont radicalement différents sur ce point.
[ Langage des signes
Formalisé par l’abbé de l’Epée, ecclésiastique français du XVIIIe siècle qui fonda la première école spécialisée pour sourds et muets. La main sur les yeux puis le nom avec la tête veut dire : je ne vois pas. Le corps est donc très sollicité, mais ce sont bien des signes ou des symboles et non de simples gestes ou signaux ].
 
Langage et pensée
 
  1. Thèse commune : le langage comme instrument de la pensée
 
Fonctions du langage
Puisqu’il n’y a de langage que s’il y a pensée, le langage est au service de la pensée. Il lui sert de moyen de diffusion, afin de la communiquer à autrui, par la parole notamment. Il constitue un « aide-mémoire » en fixant nos propres pensées pour plus tard, par l’écrit surtout. Ces deux fonctions sont définies par Hobbes, dans le chapitre V du Léviathan.
Au sein de la communication, des précisions sont possibles. Bergson estime ainsi que ce sont surtout des mots de coopération dans le travail qui ont d’abord motivé l’utilisation du langage, dans un but de survie collective. Mais on peut aussi y voir comme Rousseau le but d’exprimer les passions, les sentiments, « les besoins moraux », ou bien encore le moyen de discuter et d’échanger des valeurs, comme celles du juste et de l’injuste, qu’Aristote cite en exemple.
 
Les défaillances du langage
O, n’utilise pas les mêmes mots pour désigner les mêmes choses. A propos des valeurs : pour certains, la fuite face au danger va s’appeler prudence, pour d’autres, lâcheté. A propos des sentiments : pour l’un, l’amour suppose la fidélité, pour l’autre, non. Dans tous ces cas, la communication va échouer sur un malentendu, faute de s’être entendus sur la définition des mots utilisés (analyse de Hobbes dans le chapitre V du Léviathan).
On utilise aussi les mêmes mots pour des choses différentes. Le mot doit en effet être le même pour tous, sinon il n’est pas compris. Mais il gomme aussi des nuances personnelles et intimes importantes car la réalité qu’il désigne, le sentiment amoureux par exemple, évolue sans cesse dans l’esprit, et reste propre à chacun. Bergson (Le Rire, partie III) tire la conclusion paradoxale que le langage est relativement impersonnel sur un domaine où il devrait avoir la vertu contraire.
[ Talking-cure C’est, en français, la thérapie par la parole, utilisée par les psychanalystes. Le langage exprime aussi les pensées inconscientes.]
 
  1. Thèse approfondie : le langage comme condition de la pensée
 
On doit aussi inverser le rapport de dépendance : il n’y a de pensée que s’il y a langage.
 
Arguments de l’abstraction
Tous les noms communs du vocabulaire désignent des genres, des idées abstraites, par le simple fait que ce sont des concepts. Or cette abstraction ne peut être opérée par la perception sensorielle, mais par l’entendement. Il faut donc parler pour penser, comme on le voit chez les enfants, dont les progrès sont fulgurants dès qu’il passe le cap du langage.
 
Argument de la conscience
Avoir conscience de quelque chose suppose que l’on puisse l’identifier et le mettre à distance de soi pour l’examiner. Les mots permettent cette opération essentielle, parce qu’ils délimitent et donnent à nos pensées une condition de leur reconnaissance. Ils ne se contentent pas de les nommer. Sans les mots pour le dire, le contenu des idées est confus, on n’en possède pas une pensée véritable, juste un vague sentiment ou une intuition diffuse. Hegel voit ainsi dans l’absence de mot le signe de l’absence de pensée claire consciente.
 
Argument de la compréhension
Il n’est pas possible de saisir avec précision la pensée de quelqu’un, indépendamment des mots par lesquels elle nous parvient, à l’écrit notamment. Si les mots étaient différents, différemment agencés, la pensée comprise au final ne serait pas exactement la même. Les linguistes utilisent la métaphore du recto et d’un verso d’une feuille. Si l’on découpe l’un, on découpe également l’autre, selon les mêmes contours. Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception) développe, lui, l’analogie entre un texte et un morceau de musique. Le sens qui ressort de la lecture d’un texte dépend des mots utilisés, autant que l’impression originale donnée par la sonate n’est pas séparables des notes qui la constituent.
 
[ En acte / en puissance Couple de concepts, parmi les repères du programme, qui possède ici une fonction pertinente pour désigner une pensée formulée et une pensée sans langage. Le mot met la pensée en acte, il l’actualise et lui donne toute sa dimension de pensée. Sinon, elle est seulement en puissance, non formée ni développée.]
 
Langage et réalité
 
  1. La langue et la réalité
 
Langage et langue
Le langage conditionne et constitue la pensée. Mais le langage en général n’existe pas en acte. C’est toujours à travers des langues qu’il se réalise. Donc la pensée est déterminée par la structure d’une ou de quelques langues, selon le nombre que l’on en pratique. Or cela pourrait constituer un rapport biaisé aux choses, voire appauvrissant à la réalité. On peut même penser qu’il existe des langues meilleures ou plus riches que d’autres. En anglais, to like et to love se traduisent par le même verbe aimer. N’y a-t-il alors pas moins de nuances et de précision en français ?
 
Résolution linguistique
Pour les linguistes, chaque langue modélise en effet la pensée : le pouvoir de conditionnement est donc réel. Mais c’est en même temps la totalité des choses qui est pensée. La langue constitue une manière, ou une perspective de pensée des choses, mais rien de ce qui est réel ne va échapper en droit à n’importe quelle langue. Tout dépend en fait du vocabulaire appris, des niveaux de discours maîtrisés, des efforts accomplis. La parole (ou l’écriture) est le choix que fait un locuteur parmi toutes les possibilités de combinaison qu’offre chaque langue, et il a davantage l’embarras du choix que l’inverse.
Il est vrai, en revanche, qu’il y a toujours déperdition d’une langue à une autre, quand il y a traduction. Mais c’est parce que les mots constituent en eux-mêmes la nature précise du message.
[ La linguistique C’est une discipline théorisée et fondée au début du XXe siècle par F. de Saussure. Elle se présente comme la science du langage, qu’elle examine comme objet « en lui-même et par lui-même » avec ses lois et un fonctionnement propres à chaque langue. C’est elle qui a élaboré les définitions évoqués plus haut.]
 
  1. Pourquoi les mots font-ils de l’effet ?
 
Les mots sont des choses
Dans le Cratyle, Platon examine la question de savoir si la dénomination d’une chose est conforme à son essence. Or, il existe des mots ou des expressions par lesquels la réalité ne semble pas seulement désignée, mais directement présentée, où le mot se confond avec la chose. On hésite par exemple à parler de la mort ou de la maladie. Certains termes sont tabous, celui de Dieu dans certaines religions, comme si nommer revenait à toucher.
 
Les mots ont des fins
Toute la poésie prend le langage comme une fin en soi, et pas seulement comme un moyen de communication ou d’expression de la réalité. Les mots sont créateurs de sens, et non porteurs d’un sens préexistant qu’ils auraient pour charge de transmettre.
 
 
 
Les mots sont des actes
 
Wittgenstein remarque que la grammaire ne suffit pas pour savoir comment le langage utilisé va agir de telle ou telle façon sur les hommes. Il existe un usage du langage qui permet de persuader, manipuler, séduire. Les sophistes ne s’en privaient pas, les hommes politiques et les séducteurs non plus. Il existe également une fonction « performative » du langage où dire, c’est faire, où parler revient à agir. En disant « je le jure » ou « je te le promets », on ne fait pas que parler, puisqu’il y a une action qui se réalise par ses propos.
 
[ Les nominalistes Ce sont des philosophes (Guillaume d’Occam, Hobbes, Berkeley, Bergson, par exemple) qui estiment qu’il n’existe pas que des choses individuelles et singulières dans le monde. Seuls les noms, les mots sont généraux. Ce sont des outils de la pensée humaine, qui permettent de classer les éléments du réel. ]

Publié dans la culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article