le travail et la technique cours résumé

Publié le par lenuki69

Le travail et la technique
 
 
Caractéristiques du travail
 
  1. Qu’appelle-t-on travailler ?
 
Sens économique
En économie, le travail désigne, de la façon la plus large, toute activité qui produit des objets ou des services ayant une valeur d’usage, c’est-à-dire que l’on consomme ou qui nous sont utiles. Beaucoup d’activités dites « de loisir » rentrent dans cette définition, le fait de laver sa voiture par exemple. De façon plus précise, il s’applique au seul travail rémunéré, dans la mesure ou cette rémunération atteste qu’il y a eu production de valeur pour autrui, dans un cadre social.
 
Division du travail
L’organisation sociale la plus répandue est la division du travail sous la forme de métiers, d’emplois définis et rémunérés ou, dans des sociétés plus « primitives », par une répartition des tâches, selon l’âge ou le sexe. Des philosophes (Platon), sociologues (Durkheim), économiste (A. Smith) analysent cela comme un processus quasi naturel et nécessaire. En se spécialisant, chacun acquiert une plus grande compétence dans son domaine, ce qui garantit en principe une meilleure qualité finale.
 
  1. Le travail n’est-il qu’une corvée ?
 
Nécessité du travail
Le travail est d’abord nécessaire pour satisfaire les besoins fondamentaux humains. A la différence des animaux qui, à quelques exceptions près, n’ont pas à transformer leur milieu naturel pour survivre, l’être humain est soumis à cette peine. Pour manger, il doit construire des outils, de pêche et de récolte, pour se vêtir et se loger également. Cette nécessité est constante, et sans cesse répétée, même si les difficultés ou le temps de travail se réduisent. A l’image de Sisyphe, recommençant toujours à pousser son rocher, il faut produire pour consommer, puis consommer ce qu’on produit.
 
Dévalorisation du travail
Dans la mesure où les besoins sont d’abord physiques et matériels, les activités correspondantes le sont aussi. Or l’homme est, à la différence des animaux, un être doté d’esprit, de curiosité et de capacités intellectuelles. Le travail semble donc l’éloigner de sa dimension intellectuelle, ainsi que de la liberté de mener sa vie comme il l’entend. Aristote justifie ainsi le statut d’esclave, qui existait dans la société grecque pour accomplir les tâches domestiques, s’il s’applique justement à des êtres en qui l’intellect ne domine pas le comportement. Cette dévalorisation n’est-elle pas exagérée, voire scandaleuse moralement ?
 
Dimension humaniste du travail
 
1.      Le travail peut-il déshumaniser ?
 
Instrumentalisation
Le travail répond à un schéma technique de production, qui donne à l’ouvrier un simple statut d’instrument. Aristote prend l’exemple suivant : pour produire des vêtements, il faut de la laine, un métier à tisser et un ouvrier tisserand. Mais chacun des trois n’est en quelque sorte qu’un rouage de la chaîne. La seule différence est que l’ouvrier est un « instrument animé », c’est-à-dire doté d’esprit. Mais techniquement il est « utilisé » comme les autres éléments. Cela apparaît dans les sociétés modernes quand le travailleur coûte plus cher que la machine : on le licencie car, techniquement et économiquement, il n’est qu’un instrument devenu trop cher.
 
Exploitation
Il y a, en plus, une duperie sur la rémunération du travail, dont Marx décrypte le mécanisme en distinguant travail et force de travail. La force de travail est, en effet, ce que l’ouvrier loue au patron en échange de son salaire journalier. Ce dernier, d’apparence équitable, est donc au minimum de ce qu’il faut d’argent pour reconstituer sa force de travail le lendemain. Mais cette force de travail, à son tour, crée de la valeur du fait qu’elle est employée à façonner des objets. Donc, en rémunérant l’utilisation de la force du travail, le patron garde pour lui tout ce que celle-ci a permis de créer, au-delà du niveau de salaire reversé. La tendance est même de payer le moins possible, ou de faire travailler le plus possible, car le profit en dépend. Si la productivité technique est importante, c’est encore mieux.
 
Aliénation
Marx décrit au XIXe siècle des ouvriers totalement éreintés par des tâches pénibles ou répétitives et sans aucune qualification. Les choses ont évolué, dans les pays occidentaux notamment, mais reste toujours ce qui peut s’appeler « aliénation ». Le travailleur n’intervient pas dans les décisions sur son mode de travail, imposé par l’entreprise, les machines, le rendement et la concurrence, ni sur les objets à produire qui lui restent extérieurs et en lesquels il ne se reconnaît pas nécessairement. C’est le travail lui-même qui devient un simple moyen de subsister à ses besoins. Or cela devrait être l’activité qui le sort, l’élève au-dessus du monde des besoins. Il y a donc aliénation, au sens où l’homme devient étranger à lui-même et à ses facultés les plus nobles. Mais est-ce lié à l’essence même du travail, en toutes circonstances ?
 
2.      Peut-on se réaliser dans le travail ?
 
Rôle de la réflexion
Comme le remarque Marx, l’être humain construit son ouvrage dans sa tête avant de le réaliser matériellement. Et il le construit en utilisant les outils qui sont extérieurs à son propre corps. Ce n’est donc pas une activité purement physique ni instinctive comme chez les animaux. Il y a toujours exercice de la réflexion et occupation consciente. Pour cette raison, on peut considérer qu’au sens strict ni les animaux ni les machines ne travaillent.
 
Rôle de la volonté
Tout travailleur est obligé de discipliner son corps ou de concentrer sa volonté aux tâches qu’il effectue. Il doit refréner les désirs qui l’animent, puisqu’ils ne peuvent être satisfaits tout de suite. Il y a donc une distance prise par rapport au simple besoin de consommation.
De plus, pendant qu’il travaille, l’homme modifie ou améliore ses propres facultés, acquiert plus de savoir-faire, de compétences, etc.
 
 
 
Distinction maître / esclave
La jouissance pure de la consommation, qui consiste à simplement détruire sans produire, est celle qui caractérise la satisfaction des besoins physiques propres aux animaux. Si un être humain se trouvait dans cette situation, telle la figure du maître décrite par Hegel, il deviendrait pour cette raison moins « humain » que son esclave. Puisque l’esclave lui apporte tout, il ne peut faire face par lui-même à ses besoins, tout en étant incapable de réguler ses désirs et de discipliner. Il perd donc toute autonomie face à la nature, face à lui-même, et surtout face à son esclave. Ce dernier, au contraire, acquiert justement tout cela. Le travail est libérateur et « humanisant ». Néanmoins, la transformation technique du travail n’empêche-t-elle pas cette humanisation ?
 
La question de la technique
 
1.      Technique et humanité
 
Définition
Le terme « technique » désigne tout procédé de fabrication, d’action ou de réflexion permettant d’aboutir à un résultat utile ou voulu initialement. Une technique, quelle qu’elle soit, est suffisamment codifiée et consciente pour pouvoir s’enseigner ou se transmettre. Son degré de perfection s’établit selon deux paramètres : le minimum d’effort ou de dépense pour un maximum de résultat. Les ordinateurs actuels sont, par exemple, plus petits et possèdent plus de fonction, de mémoire qu’auparavant.
 
Technique et intelligence
L’une permet de définir l’autre : l’intelligence est la capacité à se rapporter à des instruments artificiels et de comprendre leur technique, selon plusieurs degrés : utiliser (les singes y parviennent), reconnaître (les renards évitent les pièges), et surtout construire des outils, opération que seul l’être humain peut faire. L’instinct n’est, lui, que l’aptitude à utiliser des organes naturels, distinction établie par Bergson.
 
Technique et travail
Il est normal est bénéfique que les tâches du travail se mécanisent, puisque c’est l’essence même du travail que d’être répétitif. Ainsi, les biens de consommation courante ne manquent jamais et les conditions de travail sont meilleures. De plus, à moindre coût de production, le niveau de vie général augmente. C’est pour ses raisons qu’Hannah Arendt juge favorablement le machinisme. Elle établit néanmoins une différence entre les tâches qui aboutissent à la production d’objets durables, qui demandent de la conception et sont appelés « œuvres » d’un côté, et celles qui suivent le rythme régulier des besoins, produisant des objets immédiatement consommables et périssables, auxquelles seules doit être réservé le nom de « travail » : les tâches ménagères ou agricoles par exemple. Seules ces dernières méritent d’être mécanisées le plus possible.
 
2. La technique nous met-elle en danger ?
 
La liberté est-elle menacée ?
Une société de consommation implique que de plus en plus de biens soient acheminés en plus grande quantité. Et pour cela, il y a une solution simple : proposer toujours plus d’innovations techniques, afin de relancer sans cesse le besoin. Ou bien encore : faire passer des objets en principe durables au statut de simples objets de consommation courante. Selon les termes d’Hannah Arendt, cela veut dire transformer les produits de l’œuvre en produits du travail.
Ce qui veut dire aussi faire apparaître une dépendance plus grande envers les objets techniques de plus en plus sophistiqués, alors que la technique est censée nous libérer d’une trop grande dépendance vis-à-vis de la nature.
 
La nature est-elle perdue ?
Il est malheureusement banal de dire que l’homme pollue et détériore son environnement. Mais cela doit être analysé plus précisément. Un objet artificiel, comme un pont de pierre qui enjambe deux rives, n’est pas considéré comme une pollution. En revanche, pour une centrale électrique ou nucléaire le long d’un fleuve, le jugement n’est pas le même, et ce n’est pas une simple question d’esthétique. Heidegger fait cette comparaison pour montrer que la technique est avant tout une façon de s’approprier les énergies naturelles, de les accumuler et d’exiger de notre environnement qu’il réponde à nos besoins, à nous qui serions « comme maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes). Il y a pollution quand cette prise de possession de la nature se repère, à grande échelle, jusqu’à perturber l’équilibre initial et nous mettre en danger.
 
L’homme va-t-il disparaître ?
La technique met aussi en danger le statut même de l’homme quand il travaille. On lui impose, comme au fleuve ou à la centrale, de produire et d’accumuler le plus de résultats possibles. En outre, sous l’influence du rendement et de la technique, de plus en plus de tâches sont divisées au sein de la fabrication d’un même produit : conception, réalisation, vente, etc. La force de travail est alors utilisée en fonction d’un profil ou d’un objectif précis, et tout doit être fait pour l’obtenir. Le rapport entre les gens devient très instrumentalisé. La science-fiction exploite cela très bien. Le corps y est, par exemple, transformé pour devenir plus performant.

Publié dans la culture

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