Travail et morale
Dans un premier temps, on peut constater que le travail et la morale sont opposés, dans la mesure où l'un repose sur l'intérêt et est régi par des fins qui lui sont extérieures, tandis que l'autre ne porte que sur le sujet lui-même et constitue une fin en soi, ayant une valeur absolue (Kant). Mais en même temps on ne peut nier le rapport logique qu'entretiennent la travail et la morale. La moralité n'advient en l'homme que par l'éducation qu'implique le travail: par son travail on apprend à se rendre maître de ses pulsions, on se forme, on se cultive, et ainsi on développe sa disposition naturelle à la moralité. Mais si travail et morale sont liés, ils ne sont jamais assimilables: la morale, centrée sur la pureté de l'intention qui dirige l'action, consiste à donner une valeur absolue au bien moral, et donc à renoncer totalement à son intérêt individuel. Or le travail n'est jamais accompli pour lui-même: tout homme est contraint au travail pour subvenir à ses besoins, et nul ne peut échapper à ces nécesités biologiques. Le travail n'est donc pas une vertu, dans la mesure où il n'est pas bon absolument, mais n'est qu'un bon moyen pour autre chose.Enfin si l'homme travaille pour se cultiver ou accéder à la moralité, c'est encore dans son propre intérêt.: un bon travailleur n'est pas nécesairement un travailleur bon....Si la moralité est permise grâce au travail qui discipline le désir, c'est qu'elle n'est pas innée chez l'homme. C'est ensuite à la volonté de faire de l'homme un être moral par un travail sur soi, car le morale est autodétermination. C'est un véritable travail que d'être vertueux...Comme le montre Aristote, la véritable morale ne s'acquiert qu'à force de pratique, elle naît de l'habitude à faire le bien. Donc le travail, s'il n'est pas vertu morale, est le moyen pour l'homme d'accéder à celle-ci par un authentique travail sur soi...