Critiques de la religion: Feuerbach, Marx, Freud

Publié le par lenuki69

 
 
 Feuerbach
À la différence des animaux, l'homme a une vie intérieure et a conscience de faire partie d'une espèce. L'homme, pour Feuerbach, se définit par la raison (qui permet la pensée), la volonté (permettant l'action) et l'amour (fondement de la vie en commun). " L'homme existe pour connaître, pour aimer, pour vouloir " Mais l'homme se rend compte du caractère fini de ces prédicats en les comparant à ceux de son espèce et comprend qu'il est incapable de réaliser par ses propres moyens le vrai, le bien et l'amour. Il va donc projeter ces attributs humains hors de lui et les transférer à un être supérieur qu'il appelle Dieu. L'homme découvre donc, grâce à la religion, sa propre essence mais séparée de lui puisqu'il la confie à un être hors de lui-même. L'homme a, au fond, créé Dieu à son image ou plutôt à l'image de son espèce puisque les attributs divins sont infinis et qu'ils sont finis dans l'individu. Ce mécanisme est exactement ce qu'on appelle un processus d'aliénation c'est à dire de perte de soi dans un autre, cet autre ici étant Dieu. Il s'agit bien d'une perte de soi : la raison humaine s'efface devant l'illusion religieuse (pourquoi partir à la conquête du bonheur terrestre et donc du progrès quand seule compte la providence divine ?), la volonté abandonnée entre les mains de Dieu entraîne une soumission aveugle et l'homme, asservi par l'amour divin, met toutes ses forces au service d'une foi aveugle qui dresse les individus les uns contre les autres. La religion fait donc obstacle au progrès. L'homme se perd d'abord en Dieu.
Mais la conscience humaine s'éveille et l'homme va chercher à récupérer les valeurs qu'il a données à Dieu. L'homme se réapproprie son essence en comprenant que le rapport entre l'homme et Dieu n'est rien d'autre qu'une projection du rapport qui existe entre l'individu et l'espèce humaine. Chacun comprend qu'il doit réaliser à son niveau les buts communs de l'espèce toute entière. C'est l'homme générique c'est à dire l'espèce humaine toute entière qui est en réalité un Dieu pour l'homme. L'homme est donc fin en soi.
Il ne s'agit pas chez Feuerbach (contrairement par exemple à Nietzsche) de détruire les valeurs religieuses. L'athéisme conserve les valeurs traditionnelles mais leur enlève toute caution divine. Enlever Dieu n'est donc pas enlever à l'homme les obligations qui sont les siennes mais, au contraire, donner à l'homme la pleine responsabilité de son destin. Les valeurs traditionnelles sont simplement laïcisées. Elles en deviennent même plus fortes car elles ne sont plus imposées de l'extérieur mais sont inhérentes à l'homme.
Il faut bien voir que, pour Feuerbach, la religion a une nécessité historique. Elle est la première étape nécessaire pour qu'ensuite l'homme prenne conscience de son essence.
 
 
Marx
Marx critique fortement le rôle de la religion. Il critique les aspects philosophiques et sociaux de la religion. Marx est athée et s’en revendique, sans faire de l'athéisme une nouvelle « religion ».
Marx s'intéresse surtout à la religion à cause du rôle qu'elle exerce sur la société. Pour Marx, la religion est une structure créée par la classe dominante, et qui évolue selon ses besoins. La religion et les hommes qui la font (prêtres, évêques, etc) sont des alliés objectifs de la classe dominante (et, pour ce qui est du haut clergé, en est directement membre).
Il analyse l'évolution de la religion en Europe : des structures religieuses païennes, qui permettaient aux hommes de justifier des phénomènes climatiques qu'ils ne comprenaient pas. Les dieux étaient des dieux locaux, chaque peuples avaient les siens, ils étaient souvent liés à des phénomènes de la nature.
Ensuite, l'expansion romaine à travers l'Europe a fait naître une conscience géographique plus étendue, et les religions locales ont disparu au profit du christianisme. Pendant le Moyen-Âge, la transition au catholicisme a structuré l'Église : des hiérarchies structurées sont apparues (Pape, évêques, curés), avec qui le pouvoir (les rois et la noblesse) ont dialogué de façon constante pour le partage du pouvoir sur les peuples. La dîme, prélevée au peuple au profit de l'Église a été instaurée. L'éducation des enfants étaient prise en charge directement par l'Église.
La naissance du capitalisme a fait apparaître une volonté de réforme du catholicisme à travers le protestantisme et le « capitalisme judaïque ». Ce terme a valu des critiques à Marx et un débat sur son éventuel antisémitisme, bien que Marx soit juif d’origine, mais athée. Dans les faits, Marx s'oppose au judaïsme en tant que religion, car elle est une oppression comme selon lui toutes les autres religions. Il rappelle également que la plupart des juifs étaient pauvres et exploités. Il critique donc le judaïsme, comme d'une manière générale le christianisme, pour avoir aidé le système capitaliste à apparaître. En revanche il milite et pétitionne auprès de son Assemblée provinciale pour obtenir l'émancipation politique des juifs sans que ceux-ci n'aient à renier leur religion.
Selon Marx, la religion permet de justifier les inégalités sociales, et permet au prolétariat de mieux les supporter. Elle laisse le peuple dans l'illusion que sa condition n'est pas si terrible, en lui donnant des exemples de morales religieuses, des bienfaits de la souffrance, etc.
Marx pense que si on élimine la religion, la classe ouvrière prendra conscience de sa misère, la refusera, et permettra la naissance d'une société socialiste.
Ce que récuse avant tout Marx, c'est l’effet anesthésiant, aliénant et mystifiant des religions sur la mentalité collective. De là son expression célèbre : « La religion est l'opium du peuple ».
 
 
Freud


Voilà le grand mot lâché par Marx : la religion est un soleil illusoire. Freud reprendra ce thème de la religion comme illusion, mais situera son origine non dans l’impuissance humaine, mais dans la détresse infantile qui éveille en tout homme le besoin d’être protégé.
L’homme angoissé se cramponne à un père tout puissant : Dieu.
En somme, Dieu n’est qu’une illusion dérivée de désirs humains. Néanmoins, il s’accorde avec Marx pour dire que ce stade doit être dépassé :
« 
Je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions,vous dites que l’homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l’illusion religieuse...
Le stade de l’infantilisme n’est-il pas destiné à être dépassé ? L’homme ne peut éternellement demeurer un enfant, il lui faut s’aventurer dans l’univers hostile
 »

Publié dans la culture

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