Pourquoi dit-on:" C'est beau"?

Publié le par lenuki

 

 

Distinguer le beau de l'agréable

 

La confusion entre le goût et le plaisir

  • Au premier abord, il semble que je ne puisse dire d'une œuvre qu'elle est belle ou qu'elle me plaît. Autrement dit, est belle l'œuvre qui flatte mes sens ou qui suscite en moi l'émotion.

 

Le beau ne provoque pas un simple plaisir des sens

  • Mais prendre comme critère d'approbation d'une œuvre d'art un tel plaisir n'est-il pas la marque d'une certaine inculture ou d'un mauvais goût ? Avoir du goût, n'est-ce pas reconnaître, par exemple, la beauté de la peinture de Picasso bien qu'on éprouve plus d'agrément devant celle de Renoir ?
  • Le beau ne se confond pas avec l'agréable et le plaisir causé par le beau n'est pas un simple plaisir des sens. Avoir du goût, c'est donc bien pouvoir dire en même temps : « c'est beau » et « ça ne me plaît pas ».

 

Le jugement « c'est beau » prétend à l'universalité

 

Le goût des sens varie d'une personne à l'autre

  • Le jugement qui déclare une chose agréable est subjectif, relatif à la personnalité de chacun. J'admets fort bien que le goût des sens puisse varier d'une personne à une autre. Pour l'un, la couleur violette est douce et aimable ; pour l'autre, elle est morte et éteinte. L'un aime le son du violon, l'autre préfère celui de la cornemuse.
  • En ce qui concerne l'agréable, je tolère que le goût d'autrui puisse différencier du mien.

 

La prétention de l'universalité

  • Il en va autrement du beau. Il ne viendrait à personne de dire : « Cet objet est beau pour moi. » Si je qualifie une chose de belle, c'est précisément pour signifier que quiconque la juge esthétiquement devrait la trouver belle. En pareil cas, le principe : « à chacun selon son goût » ne vaut pas. Je vais même jusqu'à dénier le goût de celui qui juge autrement que moi.
  • Mon jugement : « c'est beau » prétend donc à l'universalité. D'où la question : sur quoi une telle prétention se fonde-t-elle ? Autrement dit, puis-je convaincre autrui de la beauté d'une œuvre à l'aide de concepts ?

 

La beauté ne s'explique pas

La beauté n'est pas la perfection

  • On peut toujours discuter de la beauté, mais les concepts sont impuissants à nous dire pourquoi telle œuvre est belle ou non.
  • Dira-t-on, par exemple, que le David de Michel-Ange est beau parce que les proportions du corps humain sont respectées ? N'est-ce pas confondre la beauté et la perfection ? Dira-t-on aussi que tel nu de Renoir est beau parce que la femme représentée à la peau couleur de pêche ? N'est-ce pas confondre le beau avec l'agréable ?

La beauté ne peut se définir par concept

  • Le musicologue qui s'intéresse à la composition de la Ve symphonie de Gustav Mahler peut très bien la rapprocher d'autres symphonies, la situer historiquement dans l'évolution du genre, il n'en demeure pas moins que, dans un tel traitement scientifique de la musique, il n'est pas question de la beauté.
  • Nous sentons la beauté sans pouvoir l'expliquer, encore moins la définir par concept.

 

 

Le jugement « c'est beau » repose sur un plaisir nécessaire et universel

 

La beauté renvoie au sujet qui l'éprouve

  • Le jugement « c'est beau » est donc un jugement qui prétend valoir pour tous, mais une telle prétention ne peut reposer sur des concepts. Si le beau n'est pas définissable, c'est qu'il n'est pas réellement dans l'objet regardé, mais qu'il renvoie au sujet qui le regarde. L'œuvre belle n'est pas celle qui répond au bon goût social, à une règle, à une technique. Elle n'est belle que pour celui qui la trouve belle.
  • Celui qui dit « c'est beau », a, au fond, le sentiment que le plaisir qu'il éprouve est nécessaire et universel. Tous les êtres humains, étant constitués de la même manière que lui, devraient éprouver le même plaisir que lui fasse à cette œuvre.

 

Le beau « comme objet d'une satisfaction universelle »

  • Le plaisir esthétique est donc le plaisir de jouir de l'unité de son être, malgré la division des niveaux de conscience.
  • Voilà pourquoi, comme l'affirme Kant en conclusion du deuxième moment de l'Analytique du Beau » (critique de la faculté de juger) : « Le beau est ce qui est reconnu sans concept comme l'objet d'une satisfaction universelle. »

 

Publié dans la culture

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B
Cette réflexion sur la beauté est tout droit sortie des Fiches de révisions de BAC de l'édition Bordas de Pliholosophie, ou vice et versa.
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L


Effectivement, vous avez raison, mais il m'est arrivé, pressé par le temps, de destiner quelques pages empruntées indûment (je le reconnais) à mes élèves, car ils disposaient déjà de mes cours en
classe et cela leur permettait de "compléter" de manière très succincte ce qui avait été longuement expliqué.


Si cela vous choque ou vous surprend, je vous prie de bien vouloir m'en excuser.


De toute manière, je vous souhaite de réussir votre année par une note brillante au bac


Cordialement