La religion

Publié le par lenuki

 

 

Qu'est-ce qu'être religieux ?

 

  1. La croyance au sacré 
Définition

Est sacré ce qui appartient au divin, soit directement, soit au moyen de signes le manifestant. Tout objet, tout phénomène naturel ou personne physique peut posséder ce statut, selon le type de religion considérée. Mais, dans tous les cas de figure, ce qui est sacré est affecté d'un degré de réalité supérieure. Les éléments sacrés peuvent non seulement être éternels, mais ils protègent et maintiennent dans l'existence ce qui est autour. Le religieux connaît la force et le sens de ces signes.

 

Exemples

Dans l'ensemble du sacré, figurent des objets et des phénomènes naturels (le mont Olympe, les inondations du Gange), des zones géographiques (la terre de Palestine), des constructions artificielles (totems, temples, mosquées), des personnes physiques (sorciers, prêtres, mystiques). Ces éléments sacrés peuvent être aussi des périodes caractéristiques de l'année ou de l'existence qui sont marquées de l'empreinte divine : début du printemps, solstice d'hiver, entrée dans l'adolescence ou mariage. Des rites collectifs sont alors mis en place comme des devoirs à respecter, pour honorer Dieu.

 

Comment savoir si l'on a la foi ?

 

Exemples

Dans les religions révélées, et en particulier dans le judaïsme, qui fut la première d'entre elles, s'instaure une rupture entre les deux mondes, naturel et divin. L'exemple le plus représentatif est le sacrifice demandé par Dieu à Abraham de son fils Isaac. Juste pour « tester » sa foi, il lui demande de faire en quelque sorte un acte inhumain et antinaturel, de telle sorte qu'Abraham doive choisir entre l'amour paternel et l'amour divin. Il en va de même pour les miracles : Dieu ne se contente pas de régler les lois naturelles, il peut aussi les inventer ou les transgresser. Il s'agit, encore une fois, d'y croire, en choisissant de ne pas écouter sa raison ni son expérience habituelle : ce sont les conditions requises pour qu'il y ait foi.

 

Principe

La foi est une croyance de type religieux, c'est-à-dire qu'elle a pour objet la réalité et la vérité du monde divin. Ces vérités sont considérées comme supérieures en valeur à celles données par la raison, y compris si elles le contredisent, comme dans le cas de miracle. Une phrase de l'écrivain latin Tertullien, souvent reprise par les philosophes du Moyen-Âge, dit par exemple : « Je crois parce que c'est absurde. » C'est précisément là où les règles logiques de la raison ne tiennent plus de critère, qu'il faut recourir à la foi. Celle-ci se présente sous la forme d'un sentiment, d'une forte conviction intérieure qui ne provient pas de la réflexion. Elle est considérée comme un signe donné au croyant par Dieu.

 

Extension

Le point commun à tout ce qui s'appelle « croire » est l'assentiment subjectif à une « vérité », considérée comme telle, mais en l'absence de savoir objectif ou de preuve avérée.

Toute croyance n'est donc pas religieuse, c'est le cas pour tout ce qui concerne le futur par exemple. Viennent ensuite de fortes différences. Au plus bas degré se trouve la crédulité, où ne figurent ni savoir, ni même effort nominal de réflexion personnelle. La foi n'a pas non plus qu'un sens religieux : avoir foi en quelqu'un, c'est avoir une grande confiance en sa réussite, par exemple, alors que rien ne l'indique. Le philosophe Alain justifie même que l'on puisse opposer foi et croyance, si « croire », au sens de « paresse intellectuelle », veut seulement dire « s'en remettre au cours habituel des choses ».

 

Les rapports problématiques entre foi et raison

 

La religion est-elle irrationnelle ?

 

Problème

Comment concilier en l'homme foi et raison si leurs vérités s'opposent ? Et de façon plus générale, quelle discipline doit-on considérer comme supérieure entre la religion et la science, si l'une fait de la Terre le centre du monde et l'autre non ? Au Moyen-Âge, le problème s'est donc posé en ces termes, repris par Spinoza dans le Traité théologico-politique : qui de la philosophie ou de la théologie doit être la servante de l'autre ?

Des philosophes ont proposé une coexistence possible. Dans la perspective religieuse, la raison est aussi donnée par Dieu aux hommes. Elle ne doit donc être ni reniée ni mal employée. C'est l'argument développé par Averroës. Mais comment procéder ?

 

Conciliation foi / raison

Les miracles restent hors d'atteinte de la compréhension naturelle. Il n'est pas impossible, néanmoins, d'argumenter en leur faveur et de soutenir leur existence comme des objections.  Aucune de ces objections, estime Leibniz dans le Discours sur la conformité de la foi et de la raison, ne prouvera l'impossibilité absolue du miracle. On peut expliquer qu'il s'agit du mystère, et que leur apparition est possible dans l'ordre général des choses voulu par Dieu. Sur l'existence d'un Dieu créateur, la raison peut aller plus loin encore : nous démontrer qu'il existe, par des « preuves ». Saint Thomas d'Aquin propose par exemple cinq « voies » rationnelles vers Dieu.

 

Exemple

L'une de ces « preuves », reprise par Leibniz », consiste à appliquer le principe de la contingence du monde : chaque chose qui existe est contingente du fait qu'elle n'est pas éternelle, et n'a pas toujours été, elle peut donc ne pas être. Il faut alors une cause pour la faire exister, qui elle-même doit avoir une cause, etc. Or de rien, rien ne peut naître. Il y a donc une première cause de tout, totalement nécessaire et cause d'elle-même : on l'appelle Dieu. L'argument est en effet rationnel, car il utilise la loi de la causalité.

 

La raison est-elle religieuse ?

 

Le Dieu des philosophes

L'argument précédent n'est pas probant, d'abord dans son contenu. Kant montre qu'il présuppose une association qui ne na pas de soi : ce qui est nécessaire n'est pas forcément un être parfait, créateur de toutes choses. La preuve ne nous amène pas à Dieu, elle le suppose déjà présent et défini. Ce qui relève du sophisme. Elle pose aussi un problème sur la nature de la religion. Ce Dieu que l'on déduit est davantage un être de raison, un concept abstrait d'explication, ce n'est pas un être dont la présence est sentie et qui se serait révélé aux hommes. Il s'agit, comme le dit Pascal , du « Dieu des philosophes », et non de celui de Moïse, Jésus ou mahomet. Peut-on encore parler de religion véritable si l'on se rapporte à Dieu exclusivement par la raison ?

 

La contingence de la foi

D'un point de vue moral, Kant fait ainsi la différence entre la religion naturelle dans laquelle « je dois savoir que quelque chose est un devoir avant de pouvoir le reconnaître comme commandement divin » et la religion révélée où « je dois d'abord savoir que quelque chose est un commandement divin avant de le reconnaître comme mon devoir ». Dans le premier cas, privilégié par Kant, c'est la raison qui me donne cette connaissance, la foi se surajoutant à elle, mais de façon non nécessaire. Car je peux agir moralement par la seule raison.

Que reste-t-il alors de la foi, et de la théologie ?

 

Le rôle de la foi

La philosophie ou la science peuvent remplacer la foi et la théologie. Si tout le monde était habitué à utiliser sa raison, nul doute qu'il en irait ainsi. Mais c'est loin d'être le cas. Spinoza remarque que rares sont ces hommes en qui la raison domine. Or on trouve dans les livres sacrés les procédés suivants : des images fortes, des personnifications de Dieu, etc., tout ce qui est propre à émouvoir ou à faire peur. La théologie a donc pour objectif, selon lui, d'incliner à une attitude de respect et d'obéissance. Elle veut susciter des actions justes et charitables à l'égard de ceux qui ne le font pas eux-mêmes. De sorte qu'il ne faut pas perdre au pied de la lettre ce qui est écrit, comme si c'était une vérité (cf. chapitre 13, p. 129). Raison et foi sont complémentaires et non opposées ou concurrentes. L'une nous fait connaître la vérité, nous offre un savoir ; l'autre nous fait pratiquer l'obéissance. Mais n'est-ce pas une analyse qui instrumentalise la religion ?

 

 

Pourquoi la religion peut-elle être critiquée ?

 

Critique intellectuelle de la religion

 

Principe

Toute philosophie athée refuse la croyance en un monde divin : ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme mais l'homme qui a créé Dieu. Chacune propose une explication rationnelle des circonstances et raisons expliquant cette invention, ainsi que la critique de ses pseudo-bienfaits. Pour l'athéisme, la raison sert à montrer comment est née la religion, et parfois comment il faudra ou il faudrait s'en passer à l'avenir, car elle s'avère finalement néfaste.

 

L'illusion finaliste

L'illusion finaliste consiste à imaginer que tout ce qui existe répond à une fin, voulue par Dieu, et évidemment au profit des hommes. Elle est dénoncée, en particulier par Lucrèce, pour qui les choses sont produites par hasard, et par Spinoza, pour qui Dieu est « l'asile de l'ignorance » de ceux qui ne savent rien et veulent tout expliquer ainsi. Ce n'est pas parce que les hommes sont habitués à voir les choses en fonction de leur désir que tout ce qui existe prend un sens à partir du désir humain. Inversement, ce n'est pas parce que les événements ne servent pas les désirs des hommes qu'il faut y voir le signe d'une volonté qui les contrarie ou qui les teste.

 

2.      critique sociale de la religion

 

Origine et principe

La religion est un phénomène social. Ce n'est pas un hasard car son origine est sociale, selon Marx, pour qui elle repose sur des circonstances sociales d'oppression où une partie de l'humanité souffre des injustices de l'autre. Se forge ainsi la fiction collective d'un monde où l'injustice sera punie et le mérite reconnu : le jugement dernier.

 

Conséquences

Mais cette fiction fait considérer le monde « à l'envers » car on finit par croire que c'est Dieu qui nous met à l'épreuve en attendant de nous récompenser, au lieu de voir les origines humaines de la situation et surtout la nécessité de la changer. En espérant mieux, on soigne la douleur, mais on ne guérit pas le mal. On s'habitue à ce mal, alors qu'il faudrait  reprendre en main son destin pour un changement de société. La religion est « l'opium du peuple », selon les termes de Marx. Elle représente un poison auquel on s'accoutume, et qui nous évade de la réalité. Mais elle imbibe totalement l'action.

 

3.      Critique psychologique de la religion

 

Principe

La religion est présente partout, quelles que soient les formes de société. Freud y voit le signe qu'il s'agit d'un phénomène d'origine psychologique et non sociale. Elle naît, selon lui, d'une projection au niveau collectif de ce qui se produit chez l'individu quand il est enfant. Dans cette période, les parents, et en particulier le père, constituent à la fois une protection contre les dangers de la vie et une menace de punition ou de douleur, du fait des interdits imposés à l'enfant. Or, face à la nature, face à la mort, l'homme adulte se sent menacé et désire être protégé. Il associe donc ces deux sentiments sous une même figure, comme il l'a fait étant enfant. Dieu le Père n'est pas une application hasardeuse.

 

Religion et illusion

Cela apparente la religion à une illusion, c'est-à-dire à une représentation erronée de la réalité, due à l'intervention active d'un désir. Dans de très rares cas, la réalité peut finir par correspondre avec l'illusion : une jeune fille peut épouser un prince, une famille très pauvre peut gagner à la loterie. Mais, la plupart du temps, l'illusion est une simple compensation psychologique. Cela va jusqu'à l'idée « délirante » quand il y a une contradiction flagrante et irréductible entre l'illusion et la réalité : certains dogmes religieux comme le miracle sont de cet ordre.

 

Disparition future

De la même façon que chaque enfant devient adulte et parent à son tour, l'humanité se dirige selon Freud vers une phase de rationalité et d'autonomie plus grandes. L'intervention de Dieu a servi à transformer une source d'angoisse en plaisir, puisque l'on se sent protégé ou élu et pas seulement perdu. Mais cette substitution s'est faite au détriment de la raison élémentaire. La substitution inverse peut maintenant s'opérer. La raison nous met en face du principe de réalité, mais elle offre des sources de satisfaction dont on ne veut plus se passer. Les parents ne souhaitent plus vraiment redevenir enfants.

 

 

 

Publié dans la culture

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P
Ce qu'il faut, c'est revérifier l'hypothèse de la religion quelle qu'elle soit, et pour cela, lire, à mon avis, : "Le Message Retrouvé" de Louis Cattiaux.
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