Peut-on se passer de l'illusion religieuse?

Publié le par lenuki



L'homme peut-il se passer de l'illusion religieuse ?

 

 

« Ainsi, je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l'homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l'illusion religieuse, que, sans elle, il ne supporterait pas le poids de la vie, la réalité cruelle. Oui, cela est vrai de l'homme à qui vous avez instillé dès l'enfance le doux - ou doux et amer - poison. Mais de l'autre, qui a été élevé dans la sobriété ? Peut-être celui qui ne souffre d'aucune névrose n'a-t-il pas besoin d'ivresse pour étourdir celle-ci. Sans aucun doute, l'homme alors se trouvera dans une situation difficile ; il sera contraint de s'avouer toute sa détresse, sa petitesse dans l'ensemble de l'univers ; il ne sera plus le centre de la création, l'objet des tendres soins d'une Providence bénévole. Il se trouvera dans la même situation qu'un enfant qui a quitté la maison paternelle, où il se sentait si bien et où il avait chaud. Mais le stade de l'infantilisme n'est-il pas destiné à être dépassé ? L'homme ne peut pas éternellement demeurer un enfant, il lui faut enfin s'aventurer dans l'univers hostile. On peut appeler cela ''l'éducation en vue de la réalité'' ; ai-je besoin de vous dire que mon unique dessein, en écrivant cette étude, est d'attirer l'attention sur la nécessité qui s'impose de réaliser ce progrès ? »

Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion (1972), trad. A. Balseinte,

J.G. Delarbre, D. Hartmann, PUF, coll. "Quadrige", 6è éd. 2006

 

La religion est un « doux poison »

 

Une illusion liée à l'éducation

  • Freud met en cause la thèse exprimée par un contradicteur : l'homme ne saurait se passer de la consolation qu'apporte l'illusion religieuse. Celle-ci permet de supporter « le poids de la vie », de compenser « la réalité cruelle ».
  • Pour Freud, cette thèse est actuellement vraie pour l'homme qui a reçu un certain type d'éducation. Mais les termes qu'il emploie dénoncent un crime : un « poison », prémédité et lent, injecté sur une victime particulièrement faible (« dès l'enfance ».

 

Une éducation qui fabrique des névrosés
  • Pour Freud, une autre éducation est possible, sans « l'ivresse » de ce poison « qui étourdit » la souffrance. Mais elle n'a encore jamais été tentée.
  • On peut imaginer une éducation qui ne produit aucune névrose, ne fabrique pas de névrosés, et ne nécessite donc le recours à aucune drogue.

 

Une « éducation en vue de la réalité » est possible

 

L'homme sans l'ivresse de la religion
  • Il faut  imaginer une telle situation avec sa part d'incertitude, tout entière décrite dans le futur. Contrairement à une pente habituelle qui consiste à enjoliver les rêveries concernant l'avenir, Freud ne se prive pas ici de peindre en sombre la « situation »de l'homme dans la religion : détresse de l'homme, source possible d'une angoisse prête à l'étreindre, petitesse de l'homme dans l'immensité de l'univers.

 

Une révolution pour l'homme
  • Par rapport à l'éducation qui a eu cours jusqu'à présent, il s'agit d'une révolution comparable à la révolution copernicienne, l'héliocentrisme se substituant au géocentrisme : l'homme n'est plus « le centre de la création » [divine].
  • L'hypothèse d'une Providence au bon vouloir, pourvoyant au bien-être de l'homme, n'est plus nécessaire. Même si cette Providence était comparable à une tendre mère sensible aux prières de son enfant. Cela, c'était le passé. C'est encore le présent. Mais ce ne saurait être le futur.

 

Il faut que l'homme se dépouille de l'enfance

 

Il faut que le devenir de l'homme s'accomplisse

  • Analogie entre l'histoire individuelle et histoire sociale : c'est l'humanité tout entière qui doit faire son apprentissage. Ce développement impose un éloignement, de se lancer « à l'aventure », hors du domaine protégé. L'incertitude, la menace, les périls [la mort peut-être] sont le lot de cette incursion dans « l'univers hostile », mais, en contrepartie, il y a aussi l'idée de conquête et d'accomplissement.
  • L'homme n'est vraiment homme qu'en se dépouillant de l'enfance (et de ses terreurs), dans l'affrontement et du même coup la conquête de soi.

 

La libération par l'éducation
  • Que cette « éducation en vue de la réalité » voie le jour n'est cependant pas assuré. Mais Freud met le poids de son autorité morale dans la balance. Car rien ne se réalisera de soi. Il faut pour cette révolution une réforme de l'éducation qui est possible aujourd'hui même. Par ce biais, l'homme peut assurer son sevrage.
  • Telle est la thèse de Freud qui aspire, pour l'humanité tout entière, au progrès que constitue toute libération.

Publié dans la culture

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M
Merci beaucoup pour cette excellente analyse que j'ai lue avec grand plaisir!
Bonne continuation!
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B
lol j'ai pas lu
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L


Etrange message: qu'y a-t-il de risible dans le fait de ne pas avoir lu cet article?


Quel intérêt y a-t-il à produire un commentaire incompréhensible?


Je dois dire que tout cela me laisse perplexe...



M

L'intelligence spirituelle n’est pas liée à une culture spécifique, mais elle se focalise sur la source ultime de toute création. Lorsque nous nous engageons engagés dans une pratique spirituelle,
il est important d’éviter le piège consistant à s’arrêter sur sa vérité individuelle et à voir en elle toute la vérité universelle plutôt qu’une fenêtre sur l’ordre régnant dans l’univers.

«La Légende d’un Nomade» est l’histoire d’une quête, la quête qui constitue la véritable essence de la vie. C’est un récit de voyage fascinant qui, à travers diverses notions culturelles et
philosophies actuelles, clarifie la notion de destinée. Ce roman d’aventure décrit de façon originale comment, à la croisée des connaissances et de l’intuition, une mystérieuse énergie apparaît,
une force qui nous permet de mieux comprendre le sens de la vie et qui nous donne confiance dans l’avenir. Ce livre illustre comment cette force nous fait prendre conscience de la signification
profonde de chaque événement et comment elle peut nous inciter à explorer l’inconnu. Quiconque est touché par ce livre saura en mettre le message en pratique dans sa propre vie et percevra mieux la
place unique qu’il occupe dans l’univers. «La Légende d’un Nomade» est un livre remarquable qui a le pouvoir d’inspirer ses lecteurs et d’influencer véritablement leur destinée.

La version PDF est gratuitement téléchargeable à partir de ce lien: http://www.alexmero.com/french_writer/legend_of_a_nomad_french.pdf



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philosophies actuelles, clarifie la notion de destinée. Ce roman d’aventure décrit de façon originale comment, à la croisée des connaissances et de l’intuition, une mystérieuse énergie apparaît,
une force qui nous permet de mieux comprendre le sens de la vie et qui nous donne confiance dans l’avenir. Ce livre illustre comment cette force nous fait prendre conscience de la signification
profonde de chaque événement et comment elle peut nous inciter à explorer l’inconnu. Quiconque est touché par ce livre saura en mettre le message en pratique dans sa propre vie et percevra mieux la
place unique qu’il occupe dans l’univers. «La Légende d’un Nomade» est un livre remarquable qui a le pouvoir d’inspirer ses lecteurs et d’influencer véritablement leur destinée.


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L


Merci pour cette référence, que je lirai avec une grande attention, de manière à pouvoir mieux saisir le fond de votre pensée.


Bonne nuit



M

Notre mode de fonctionnement mental habituel se base sur l'intelligence intellectuelle et l'intelligence émotionnelle. Ces deux types d’intelligence fonctionnent sur les sentiments. Et nous savons
que les sentiments sont liés à nos procédés de conditionnement et qu’ils peuvent donc être trompeurs. Notre intelligence intellectuelle et émotionnelle, nous donne donc à la fois des contenus
fiables et d’autres peu fiables de la réalité. Ceux qui sont intéressés par la réalité, devront réfléchir sérieusement sur les fondements de notre réflexion et sur les structures de notre
perception. Ils s’apercevront que nous utilisons perpétuellement notre pensée afin de maintenir notre perception limitée de la réalité. Ils se rendront compte que la seule façon de changer notre
façon de percevoir est de changer radicalement cette manière de penser. Ce n’est qu’à partir du moment où nous ne cherchons plus à mettre de nouvelles connaissances en conformité avec nos
connaissances accumulées que nous nous ouvrons réellement à de nouvelles idées. Ce n’est qu’à partir de ce moment que nous développons notre réceptivité pour toutes les formes de beauté. Il n'est
alors plus question d'intelligence intellectuelle ou émotionnelle, mais d'une intelligence qui réunit et transcende ces deux intelligences : l'intelligence spirituelle. Pour les interessés je vous
conseille de lire "La Légende d'un Nomade" de l'écrivain Alex Mero, ce livre m'a réellement ouvert les yeux sur plusieurs aspects de notre perception de la réalité. Ce livre est gratuit et
téléchargeable sur le site de l'auteur : www.alexmero.com


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L


Merci pour le conseil de lecture que je vais m'empresser de suivre, pour prendre connaissance de ce qui vous a ouvert les yeux. Mais l'intelligence que vous appelez de vos voeux et que vous
nommez spirituelle (qui transcende selon vous les deux autres formes d'intelligence, intellectuelle et émotionnelle) me paraît pour l'heure assez "floue". c'est pourquoi je vais m'informer avant
de vous répondre de manière plus "circonstanciée".


Merci encore et à bientôt


Ps: je suis allé sur le blog que vous m'avez recommandé, mais je n'ai pas trouvé la référence du livre à télécharger. Pourriez-vous me l'indiquer? Merci beaucoup



M

Le monde de l’illusion possède un pouvoir de fascination qui nous empêche de voir la réalité comme elle se présente. Son pouvoir est dû à notre pensée fragmentaire. Pour résoudre ce problème nous
devons apprendre à sortir de ce mode de fonctionnement mental habituel et percevoir, de manière plus ouverte et plus intuitive, ce qui se cache derrière le monde des apparences. Cet exercice exige
une approche complètement différente de notre manière actuelle de discerner ce qui nous entoure, mais nécessite surtout une remise en question de nos certitudes afin d’être réellement en mesure de
vérifier leur exactitude. Il s’avère que beaucoup ne désirent pas vraiment renoncer à leurs convictions et à leurs habitudes. "C’est surtout ce manque de volonté de changement qui conduit l’homme à
persévérer dans le trompeur et l’irréel." (Alex Mero)


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L


Merci pour ce commentaire judicieux. Il serait intéressant  de préciser ce que vous entendez par "notre mode de fonctionnement mental habituel", pour mettre mieux en évidence ce
"rapport immédiat aux choses" que vous semblez préconiser et qui est plus typique de la manière esthétique et artistique d'appréhender le monde que de la méthode scientifique, même si pour
progresser en sciences il faut aussi opérer une remise en question de ses certitudes. Pensez-vous par exemple, à ce que Nietzsche nomme le "philosophe-artiste"?