Etre libre, est-ce faire ce que l'on veut?

Publié le par lenuki

  liberté volonté                        

Etre libre, est-ce faire ce qu’on veut ?


Problématisation de la question


Nous considérons généralement qu'être libre consiste à faire ce que nous avons envie de faire, consiste à agir selon notre bon plaisir. Ainsi, nous vivons comme une contrainte le fait de rencontrer des obstacles à la satisfaction de nos désirs et le fait de devoir agir par obligation lorsque nous ne le souhaitons pas. Une telle conception première de la liberté consiste donc à la définir à partir de la question du désir et du plaisir. Nous disons d'ailleurs également qu'être libre c'est agir selon son "bon vouloir". Ainsi que la définition fasse appel, dans ces expressions, à la volonté, au désir ou au plaisir, elle contient toujours la même idée et ces trois termes sont globalement considérés comme synonymes. A cette définition, nous opposons la contrainte ou l'obligation qui nous semblent être ennemies de la liberté. Toutefois, il s'agirait de se demander si cette première approche de la liberté ne pose pas problème. En effet, peut-on ainsi identifier le plaisir, le désir et la volonté ? Peut-on identifier la contrainte et l'obligation? En outre, on peut simplement remarquer que nous ne décidons en rien de ce qui nous plaît ou de ce qui ne nous plaît pas, ni de nos désirs… Il s'agit donc de se demander si cette liberté que nous revendiquons n'est pas illusoire. Ici, on peut penser aux analyses de Spinoza sur l'illusion de la liberté. Spinoza montre en quoi l'enfant croit librement désirer du lait, tout comme la pierre croit librement se mouvoir. En effet, si nous avons conscience de nos désirs ou de ce qui nous plaît, il n'en demeure pas moins que nous ne savons pas pourquoi nous avons tel ou tel désir et pourquoi telle ou telle chose nous plaît. Spinoza va opérer alors une distinction entre la conscience du désir et la connaissance de la cause de nos désirs. Il s'agit alors de remettre en cause l'idée même d'une liberté de la volonté. De plus, en définissant la liberté par le plaisir, nous opposons la liberté à la contrainte et à l'obligation. Il s'agirait de se demander si ces deux termes sont identiques. En outre, si on dit que la liberté consiste à faire ce qu’on veut, on est amené à constater que le pouvoir de cette volonté est très limité. En effet, nous avons à vivre avec les autres, nous avons également à faire avec les lois de la nature que nous ne pouvons pas changer. Mais  Spinoza ne montre-t-il pas que la liberté passe par la connaissance de la nécessité,  par la connaissance des lois de la nature, par exemple, qui permet la technique et donc l’augmentation du pouvoir de l’homme sur la nature et sur sa propre nature ? De même Rousseau ne met-il pas en évidence que la loi est condition de notre liberté, si celle-ci est légitime ? Ne faut-il pas alors distinguer l'indépendance de l'autonomie ? Et repenser notre conception de la liberté, qui ne consiste pas à faire ce qui nous passe par la tête mais à obéir à notre propre loi ? Tel est le sens de la notion d'autonomie. Enfin Kant ne montre-t-il pas comment, en obéissant à la loi morale, qui est la loi de notre raison, nous sommes libres alors que nous ne le sommes pas en suivant nos désirs ?

Volonte-de-puissance-Nietzsche--2-

 


Introduction


 Qui dit liberté dit possibilité d’agir à sa guise, selon ses propres choix, en ne subissant aucune contrainte qui s’imposerait à notre volonté. D’après cela, un homme libre agit donc entièrement selon sa volonté. Or toute société garantissant la liberté de ses membres comporte des interdits, ce qui signifie que le pouvoir de la volonté de chacun n’y est pas absolu. Alors, dans ces sociétés, qu’est-ce qui limite la liberté de chacun ? Quel rapport y a-t-il entre la liberté, comme état de celui qui n’est soumis à aucun maître, et la volonté, comme faculté de déterminer librement ses actes en fonction de motifs rationnels ? Bref, être libre, est-ce faire ce qu’on veut ? N’est-ce pas ainsi que l’on se représente d’emblée la liberté, à partir du libre-arbitre ? Mais au nom de quoi la volonté échapperait-elle au déterminisme universel ? Sait-on bien toujours pourquoi nous voulons ceci et non cela ? Enfin la limitation de la liberté, qu’elle nous soit imposée ou que nous la déterminions nous-mêmes, en fonction de notre raison, n’est-elle pas ce qui, paradoxalement, loin de diminuer le pouvoir de notre volonté, lui permet au contraire de s’exercer et de s’affirmer ?

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