Introduction au Livre V de L'Ethique à Nicomaque (suite)

Publié le par lenuki

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                (Ethique à Nicomaque   Livre V) 

Introduction


Au Livre V, Aristote expose sa théorie de la justice. La justice est une vertu et ce terme à lui seul définit l’orientation générale de la philosophie morale d’Aristote. La morale n’est pas une liste d’actions permises ou interdites, mais une étude de l’action humaine libre, qui doit nous aider dans notre poursuite du bien. Dans l’univers, en effet, tout être poursuit le bien : affirmation qui est la conséquence nécessaire du fait que la nature est régie par des lois, ce qui fait que (cf. Physique, I, chap. 5 a32) n’importe quoi ne peut faire ou subir par nature  n’importe quoi. Tout être naturel tend donc vers une fin appelée bien, et cette tendance est appelée appétit (orexis). La fin étant déterminée par la nature de chaque être, l’appétit sera donc la conséquence de l’essence du sujet : tel est un être, tel sera son appétit. Mais Aristote distingue plusieurs formes d’appétit. Ainsi la pierre qui tombe vers son lieu naturel, qui lui est bon (cf. ordre du monde), a un appétit (une tendance) mais qui est dépourvu de connaissance. En revanche, l’animal est mû d’abord par l’objet de l’appétit, c’est-à-dire la fin ou le bien qu’il poursuit. Mais ce mouvement met en jeu la connaissance qu’il a de cette fin : il la poursuit parce qu’elle est ou lui paraît bonne. Il faut donc distinguer le désir sensible (épithumia) qui fait agir l’animal en fonction du plaisir ou de la peine, de la volonté (boulêsis) qui fait agir l’homme en fonction du raisonnement. L’un et l’autre est un appétit et chez l’homme les deux coexistent.

Il en résulte que la différence entre l’animal intelligent et l’animal dépourvu d’intelligence, c’est que l’un et l’autre agissent en fonction d’une fin, mais que seul l’être intelligent est conscient du rapport des moyens à la fin.

Or le désir sensible est le résultat de la connaissance sensible, il ne peut donc avoir pour objet que l’agréable ou le pénible (s’il s’agit d’une répulsion). En revanche la volonté est un appétit qui met l’homme en mouvement en fonction d’un raisonnement, elle est donc située dans la partie logique (rationnelle) de l’âme. Ainsi appétit sensible et appétit intellectuel ont des objets distincts, l’un étant un bien sensible (l’agréable) et l’autre un bien intelligible, le bien par soi, c’est-à-dire le bien moral. Toute la morale d’Aristote sera donc fondée sur cet attrait que le bien intelligible exerce sur l’appétit de l’homme qui le connaît, car l’homme est un être intelligent et connaît donc le bien intelligible. Dans le plus haut des biens intelligibles se trouvera le bonheur, fin dernière et justification ultime de toutes ses décisions libres.

Le critère fondamental de l’action morale, qui conduit l’homme au bonheur, à la réalisation de sa fin, est donc le fait qu’elle perfectionne la nature humaine dans sa ligne propre, alors que l’action immorale le dégrade. Le bonheur ou bien véritable de l’homme est donc une réalité objective dont les voies d’accès sont inscrites dans la nature humaine elle-même. Toute prétention à chercher hors de la nature le critère de la vertu aboutit donc à nier la moralité, puisque c’est faire agir l’homme en dehors de toute véritable justification rationnelle, laquelle ne peut reposer que sur une authentique connaissance du bien intelligible par la raison.

Il est vrai néanmoins que les conflits sont fréquents entre les deux appétits, mais l’insoumission du désir à la raison n’est pas un défaut de la nature humaine, mais un manque d’éducation. L’homme étant par nature un animal raisonnable, la recherche d’une vie conforme à la raison ne peut contredire son animalité, car si sa nature était contradictoire, l’homme n’existerait pas. Le conflit entre la raison et les passions est donc un fait accidentel et il disparaît à mesure que la vertu progresse. C’est pourquoi il est difficile de devenir vertueux et facile de l’être. La vertu apparaît alors comme une qualité de l’homme, essentiellement stable, qui le pousse à agir bien et qu’il acquiert en agissant bien. Car chez l’homme vertueux, la raison commande au corps et à l’affectivité sensible, de sorte qu’il trouve du plaisir au comportement moral, plaisir qui est lui-même le signe de la vertu puisque celui qui fait le bien à contrecœur agit selon la vertu mais n’est pas vertueux.

S’il y a donc des règles morales, celles-ci découlent de la définition de la vertu, qui découle elle-même de l’attrait exercé par le bien intelligible sur l’homme qui le connaît par la raison. La morale est alors essentiellement un  effort de perfectionnement personnel, un effort pour acquérir la vertu et se parfaire en elle. On ne peut juger de la moralité d’un homme sur un acte mais sur sa façon de vivre en général. Loin de donner bonne conscience à celui qui fait son devoir, la morale d’Aristote est une exhortation à un perfectionnement illimité de la personne.

La justice est une des qualités que l’homme doit acquérir et se caractérise par le fait qu’elle est relative à autrui. Les différentes vertus sont rattachées à quatre vertus principales : la prudence nous fait savoir ce qui est bon, la tempérance nous donne une attitude correcte à l’égard des plaisirs, le courage à l’égard des peines, et la justice nous donne une attitude morale vis-à-vis d’autrui. En ce sens, la justice est essentiellement liée à la société, à la vie familiale et professionnelle, et à l’Etat.

 

Publié dans textes oral

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