La conscience d'être libre peut-elle être illusoire?

Publié le par lenuki

sentiment de liberté

Comment comprendre cette question ?


L’énoncé « la conscience d’être libre » peut se comprendre au moins de deux manières. Tout d’abord si on entend par liberté la capacité de faire ce que l’on veut, on se sentira libre quand notre action ne rencontrera pas d’obstacle, quand notre volonté ne sera pas contrariée. Peut-on croire être libre, en ce premier sens du terme, et ne pas l’être ? Si je fais ce que je veux, le sentiment que j’ai alors de ma liberté ne peut pas, par définition, être illusoire. La question ne semble pas pouvoir se convertir en problème dans cette direction. Il faut donc se tourner vers une autre manière de comprendre le terme de liberté.

Si on entend par liberté la faculté du libre-arbitre qui rend le sujet conscient entièrement maître de sa volonté, alors le sentiment de liberté pourrait correspondre à l’impression, au moment où nous délibérons par exemple, que la décision ultime dépend entièrement de nous et qu’elle sera notre choix. La vraie question que soulève le sujet serait donc : le sentiment de maîtriser nos volontés, d’en être l’auteur, est-il illusoire ?

Il faut préciser à présent ce qu’est une illusion. Toute erreur n’est pas illusion. L’erreur est un faux pas du jugement, du calcul ou du raisonnement. C’est la raison qui se trompe et c’est pourquoi elle peut toujours se corriger : comprendre son erreur, c’est ne plus la commettre. Une illusion est plus difficile à extirper : sa source n’est pas rationnelle. C’est une erreur à laquelle on tient, qui sert un désir. L’illusion nous fait passer nos désirs pour des réalités. On ne corrige donc pas ses illusions, on les perd en renonçant, avec le temps, aux désirs qui les produisent. Ainsi la question conduit-elle à envisager l’idée d’une entière responsabilité de ses volontés comme étant l’effet illusoire d’un désir.

 

Elaboration d'une problématique


Reformulons : est-il vrai que mes volontés soient en mon pouvoir, comme j’en ai, en règle générale, l’impression ? le libre-arbitre est-il une faculté que l’homme possède réellement ou bien seulement un pouvoir que l’homme imagine exercer sur ses volontés ?

On peut simplement partir ici du sens premier de la notion de conscience : accompagné de savoir. Ainsi, si être conscient, c’est accompagner ses actes et ses pensées de savoir, la conscience d’être libre signifie que nous le sommes. Ainsi, cette conscience d’être libre peut consister en la conscience de pouvoir faire des choix face à diverses possibilités qui s’offrent à nous. Elle peut également consister en la capacité d’user de sa volonté ou de refuser ce qui nous est imposé ou prescrit. Cf. les analyses de Descartes sur la liberté dans les méditations métaphysiques. On peut montrer en quoi l’épreuve du doute méthodique consiste en un acte de liberté dans lequel la conscience se saisit elle-même. Inversement, on peut  montrer en quoi nous pouvons parfois avoir conscience de ne pas être libre et ceci parce que nous sommes contraints ou forcés. Toutefois, il faudrait se demander si la conscience n’est pas susceptible de nous tromper. Ici, on peut  penser aux analyses de Spinoza sur les illusions de la conscience. Il montre ainsi dans la lettre à Schuller que « nous avons conscience de nos désirs mais non des causes qui nous déterminent à désirer ». Dès lors, notre conscience d’être libre peut être illusoire. Dans ces conditions, il faudrait se demander quel sens nous pouvons accorder à la notion de liberté. Comment pouvons-nous savoir que nous sommes libres si la conscience est susceptible de nous tromper ?

 

Développement

 

I. La conscience d’être libre est d’abord le sentiment que nous avons de pouvoir faire ce que nous voulons, sans rencontrer d’obstacle ou subir de contrainte. Mais pourrions-nous rencontrer un obstacle sans le savoir ? Donc, ici, notre sentiment ne peut nous tromper. De même, qui mieux que nous sait ce que nous désirons ? Soit nous réalisons notre désir, soit nous ne le satisfaisons pas, mais cela ne peut être inconscient (ou bien nous éprouvons du plaisir, ou bien nous sommes frustrés, ce qui implique que nous en sommes conscients).

Mais un drogué, ou un alcoolique ne se croient-ils pas libres ? Le sentiment qu’ils ont de l’être ne pourrait-il pas n’être qu’une illusion ?


II. Ainsi, comme le montre Socrate, ne pouvons-nous pas nous méprendre sur ce que nous croyons bon pour nous (l’alcool, la drogue ou toute autre substance pouvant procurer du plaisir) ? De même, paradoxalement, certaines lois que nous subissons comme des contraintes ne peuvent-elles pas se révéler nécessaires, voire bonnes pour nous (cf. Hobbes : la légitimation de lois par la violence naturelle des hommes) ? De plus, au nom de quoi notre volonté échapperait-elle au déterminisme universel ? Spinoza ne montre-t-il pas que, si nous croyons désirer librement, c’est parce que nous ignorons les causes de nos désirs ? Enfin, nos désirs ne peuvent-ils pas être déterminés, sans que nous le sachions, par la société dans laquelle nous vivons (cf. publicité) ? En ce sens, notre conscience d’être libres n’est-elle pas illusoire ? Mais prendre conscience de ses illusions, n’est-ce pas commencer à s’en libérer ?


III. Si la conscience implique un savoir, c’est un savoir immédiat, non réfléchi. Aussi le sentiment que nous avons de ne pas rencontrer d’obstacle peut-il n’être qu’une illusion. Selon Spinoza en effet le libre-arbitre n’est qu’une illusion, dans la mesure où le sentiment d’avoir le choix n’implique pas nécessairement un choix véritable (cf. l’ignorance que nous avons des causes qui nous déterminent). De même, ne sommes-nous pas le plus souvent dominés par nos passions ? Est-ce à dire que nous sommes, pour autant, totalement déterminés ? Connaître la source de ses illusions, n’est-ce pas avoir la possibilité de s’en affranchir, même si ce n’est que partiellement, voire provisoirement ? Cette connaissance n’implique-t-elle pas une prise de conscience ? Et si nous devons prendre conscience, n’est-ce pas parce que celle-ci, d’une certaine manière, nous a échappé dans un faux sentiment de liberté, par exemple ?


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C

Bonjour,
Vous pouvez le signaler à Facebook comme quoi vos droits intellectuels ne sont pas respectés.
Bien à vous,
Clidre


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L


Un grand merci pour votre sollicitude et votre vigilance: je vais suivre votre conseil.


Bonne journée à vous   Cordialement



C

bonjour,
Ce petit mot pour vous dire que vous êtes plagié sur Facebook.

http://www.facebook.com/pages/Questions-Philosophiques-et-Psychologiques/126016494110744#!/photo.php?fbid=168513886527671&set=a.132663856779341.17310.126016494110744

Bien à vous,
Clidre


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L


Merci pour cette information. Certes, il n'est jamais agréable d'être plagié, d'autant plus que celui qui le fait ici n'est sans doute pas Patrick Poivre D'Arvor, mais que peut-on y faire?


N'étant ni César, ni Dieu, que voulez-vous que l'on me rende?


Mais un grand merci pour votre sollicitude et à bientôt peut-être sur mon blog.