La vertu selon Aristote

Publié le par lenuki

 vertu de tempérance                             

 

La vertu morale selon Aristote


Analysons les principaux éléments de la définition aristotélicienne de la vertu morale.

Il faut distinguer les vertus intellectuelles (sagesse, intelligence, prudence) qui se rapportent à la partie rationnelle de l’âme, et les vertus morales, qui relèvent de sa partie irrationnelle (non pas l’âme végétative qui n’obéit en rien au principe de raison, mais sa partie intermédiaire, l’âme désirante, qui peut écouter la raison et la suivre à condition que l’âme reçoive l’éducation appropriée). Autant la vertu intellectuelle naît et progresse grâce à l’enseignement, requiert du temps et de l’expérience, autant la vertu morale « est le produit de l’habitude ».

Les vertus morales constituent donc une forme particulière de disposition (hexis), c’est-à-dire une manière d’être stable, acquise par l’éducation au moyen de l’habitude. La vertu morale a son origine dans les actes vertueux : « c’est en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés » (EN. II, 1 1103b1).

Ainsi Aristote définit-il génériquement la vertu comme hexis. Il y a « trois phénomènes de l’âme » : les affections (= inclinations accompagnées de plaisir ou de peine, comme l’appétit ou la colère), les puissances (capacité d’éprouver ces affections, comme l’irascibilité par rapport à la colère) et les dispositions (manière de se comporter vis-à-vis de ces affections, c’est-à-dire bien ou mal, ce qui implique louange ou blâme). La vertu suppose à la fois une disposition permanente et stable et un choix volontaire et réfléchi. Eprouver de la crainte ou de la colère ne rend pas digne d’éloge, mais la manière de « s’y mettre ». De même, nos facultés sont en nous par nature, mais nous ne naissons pas bons ou méchants.

Mais en quoi cette permanence de la volonté à l’égard des affections, qui rend l’homme bon, réalise-t-elle l’excellence en quoi consiste la vertu ? Cf. Platon : l’artisan exécute bien son ouvrage quand il y met une telle harmonie que rien ne peut être ajouté ou retranché. Or c’est le même rapport entre deux extrêmes, la même proportion, cette espèce d’égalité indépassable entre les extrêmes que la vertu morale vise dans l’ordre des affections et des conduites qui est le sien. La vertu morale vise donc le juste milieu, qui est l’excellence, sommet entre l’excès et le défaut.

« Je parle de la vertu morale qui a rapport avec les passions et les actions humaines, lesquelles comportent excès, défaut et sage moyenne. Par exemple, les sentiments d'effroi, d'assurance, de désir, de colère, de pitié, enfin de plaisir ou de peine peuvent nous affecter ou trop ou trop peu, et d'une manière défectueuse dans les deux cas. Mais si nous éprouvons ces sentiments au moment opportun, pour des motifs satisfaisants, à l'endroit de gens qui les méritent, pour des fins et dans des conditions convenables, nous demeurerons dans une excellente moyenne, et c'est là le propre de la vertu : de la même manière, on trouve dans les actions excès, défaut et juste moyenne. Ainsi donc la vertu se rapporte aux actions comme aux passions. Là l'excès est une faute et le manque provoque blâme ; en revanche, la juste moyenne obtient des éloges et le succès, double résultat propre à la vertu. La vertu est donc une sorte de moyenne, puisque le but qu'elle se propose est un équilibre entre deux extrêmes.
La vertu est donc une disposition acquise volontaire, consistant par rapport à nous, dans la mesure, définie par la raison conformément à la conduite d'un homme réfléchi. Elle tient la juste moyenne entre deux extrémités fâcheuses, l'une par excès, l'autre par défaut
"

                                                                                              (Ethique à Nicomaque N. II, 6, 1107a8)

Ainsi de la vertu de justice qui dans la répartition des biens entre citoyens (justice distributive), dans la correction des violations ou des violences subies dans les transactions entre particuliers (justice corrective), dans la proportion des rétributions aux services (justice commutative) vise sous la forme d’une égalité cette exactitude dans le juste milieu.

Publié dans textes oral

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