Livre V Sur la Justice Aristote (Commentaire ch 1 et 2)

Publié le par lenuki

Aristotle Theophrastus Strato Lebiedzki Rahl

 

Chapitre 1 : Esquisse d’une définition de la justice


Dans le chapitre 1, Aristote  se réfère à la définition de la vertu qu’il a donnée au livre II : la vertu est une disposition, c’est-à-dire une qualité stable. Une disposition est une propriété accidentelle, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas partie de l’essence de la personne. Mais elle est difficile à changer, que ce soit pour l’acquérir ou pour la perdre. La vertu morale ne qualifie pas directement, cependant, l’essence du sujet, mais sa puissance de vouloir, tandis qu’une vertu intellectuelle, comme la science, qualifie sa puissance de penser. En outre, la vertu morale est une disposition relative à des actions bonnes ou qui sont susceptibles de conduire au bonheur, et elle est produite par la pratique de ces actions. Cette théorie est justifiée par l’expérience de tout apprentissage : c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et c’est en s’exerçant aux actes courageux qu’on devient courageux.

En outre, la vertu se caractérise comme un milieu entre deux extrêmes qui sont des vices (= dispositions qui nous rendent faciles ou agréables les actes mauvais). Ainsi la lâcheté et la témérité sont les extrêmes (vices) dont le courage est la vertu. L’homme courageux est celui qui est capable de faire preuve de discernement rationnel entre le bien et le mal et d’agir en conséquence.

Ceci étant admis, Aristote se réfère au sens courant du mot « juste », conformément à sa méthode habituelle qui prend en considération les opinions répandues avant d’apporter une réponse démonstrative au problème posé. On comprend dès lors que la justice est une disposition, relative à certaines actions qui sont les actions justes ; elle nous permet de vouloir le droit ou ce qui est juste (le droit est l’objet de l’action juste, donc de la justice). Elle est, comme toute vertu, une moyenne entre deux extrêmes qui devront être définis ultérieurement.

De plus la vertu morale représente un choix entre le bien et le mal, contrairement à la science qui porte indifféremment sur les notions opposées. Par exemple, celui qui connait ce qui est juste connaîtra aussi ce qui est injuste, alors que celui qui veut ce qui est juste ne voudra jamais ce qui est injuste. De la même façon, notre puissance de vouloir porte également sur le bien et le mal que nous pouvons choisir l’un et l’autre (cette possibilité de nous diriger dans les deux directions opposées définit même notre capacité de choix, caractéristique de notre être raisonnable), alors que la vertu, qualité de cette puissance, porte spécifiquement sur le bien à l’exclusion du mal et inversement pour le vice.

Aristote utilise ensuite une comparaison entre la morale et la médecine, pour déclarer qu’une disposition put être connue à partir de la disposition contraire ou à partir du sujet : ainsi la justice sera connue à partir de l’homme juste et l’injustice à partir de la justice. Cette comparaison lui permet d’amener l’affirmation qui va être développée dans le chapitre 2 : la justice et l’injustice sont des notions qui ont plusieurs sens.


 vertus grecs

Chapitre 2 : Le droit se définit par la légalité et l’égalité


Paradoxalement, le chapitre 2 suit la démarche inverse de celle qui est annoncée : au lieu de définir l’injustice à partir de la justice, il définit le droit par la légalité et l’égalité, parce que  l’homme injuste est soit celui qui s’écarte de la loi soit celui qui rompt l’égalité. Or ces deux sens ne définissent pas vraiment une équivoque comme le mot grec signifiant clé mais aussi clavicule, c’est-à-dire petite clé. Dans le cas de la justice, on a plutôt affaire à ce qu’Aristote appelle une analogie, c’est-à-dire l’emploi d’un mot dans deux sens dépendants l’un de l’autre, c’est-à-dire le rapport entre la justice au sens de légalité et la justice au sens d’égalité.

Point de départ : l’emploi habituel du mot injuste pour ceux qui cherchent à avoir plus que ce qui leur est dû et donc rompent l’égalité, comme pour ceux qui violent les lois. Mais Aristote précise en quel sens l’homme injuste cherche à avoir plus. Evidemment il cherche à avoir plus de choses désirables ou susceptibles d’être choisies, c’est-à-dire celles qui sont définies comme des biens. Mais il y a plusieurs sortes de biens. Or l’homme injuste ne cherche pas à avoir plus de vertu, et notamment de justice, mais plus de richesses, d’honneurs ou de plaisirs, ces biens que les hommes se disputent alors qu’ils ne sont en réalité pas les plus désirables.

Il faut distinguer, en effet, les biens extérieurs et les biens intérieurs et, parmi les biens extérieurs les biens matériels (richesses) et les biens immatériels (réputation), parmi les biens intérieurs les biens du corps (santé,…) et les biens de l’âme (vertu,…). Parmi tous ces biens, le seul dont on ne peut faire mauvais usage est la vertu. L’argent, la beauté, la science sont des biens désirables en soi, mais ils peuvent créer notre malheur dans certains cas. L’homme ne doit donc pas désirer n’importe quel bien, mais seulement ceux qui sont susceptibles de le perfectionner. Et si l’un aura besoin d’argent pour élever ses enfants, un autre aura besoin d’un revers de fortune pour lui apprendre à distinguer l’essentiel et l’accidentel. On ne doit donc pas prier la divinité pour avoir de tels biens, mais plutôt pour que ces biens nous aident vraiment. Car c’est seulement à cette condition qu’on peut les désirer.

Or l’homme injuste est celui qui recherche de tels biens, certes bons en soi, mais pas pour nous (et ils le sont encore moins pour l’homme injuste qui perd en les choisissant ce qu’il y a de plus important, la vertu). Il cherchera de même à avoir moins de maux correspondants. On peut donc dire qu’en un sens l’homme injuste est celui qui cherche à avoir plus que son dû, plus que les autres, dans la mesure où cherchant à avoir moins de mal, il cherche en fait à avoir plus de bien, le moindre mal étant désirable et représentant donc une espèce de bien. Mais en fait, l’homme injuste est celui qui ne respecte pas l’égalité, puisqu’il cherche tantôt à avoir plus, tantôt à avoir moins, le plus et le moins étant deux espèces de l'inégal.

Publié dans textes oral

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