L'homme est-il par nature un animal religieux ?
L’homme est-il, par nature, un animal religieux ?
Actuellement : effacement du religieux ( cf. déclin des idéologies, « mort de Dieu » ). Mais aussi « retour du religieux » et sa
présence dans la vie quotidienne. D’où la question : la religion est-elle une dimension constitutive de l’existence, l’homme est-il, par nature, un animal religieux ? Le religieux
est-il un phénomène suffisamment constant et universel pour définir l’homme ? Est-il propre aux seuls êtres humains ? Et surtout, avec ce phénomène, tient-on un phénomène explicatif des
autres phénomènes caractéristiques de l’humain ? Le religieux est-il le lieu d’intelligibilité à partir duquel on peut comprendre l’humain ? Est-ce un phénomène suffisamment fondamental
pour permettre de comprendre les conduites et les sociétés humaines ? Est-il un fait de nature ou de culture ?
A) Le religieux est-il constitutif de la nature humaine ?
Selon certains ( philosophes ou scientifiques) le religieux serait constitutif de l’essence de l’homme.
+ le processus d’hominisation s’est accompagné de croyances, de rites religieux contemporains de l’émergence de
l’homme lui-même.
+ toute société humaine s’organise autour d’un sacré ( ensemble de croyances, de pratiques dont elle sanctionne la
remise en cause ). Le religieux comme source de pouvoir et de valeurs communes.
Mais n’est-ce pas une tendance bien humaine de contester les croyances, les dogmes et les rites structurant la vie sociale ?
+ Le sacré est toujours confronté à un profane, espace de réflexion et d’action proprement humain qui tend à
empiéter sur le sacré : Socrate condamné à mort.
+ d’où possibilité d’individus, puis de groupes athées, contestation du religieux qui devient alors simple option
privée et non plus constitutif de l’homme comme tel.
Cf. la laïcité comme principe fondateur de
la république : une société peut donc s’organiser, s’institutionnaliser sans référence à un sacré de type religieux.
B) La religion est-elle une dénaturation de l’homme….
La religion est une aliénation, elle correspond à une perte de l’essence de l’homme.
+ le phénomène religieux est un phénomène accidentel, historique, dû au développement des civilisations dont
il est le reflet.
+ par la religion, l’homme se dépossède de lui-même au profit d’un Etre suprême, dans lequel il projette des
qualités qui devraient être les siennes ( paternité, bonté, puissance …).
Mais comment l’homme pourrait-il perdre sa nature, s’il en avait une ?
+ Qu’est-ce qu’un être qui se dépossède de sa propre nature, sinon un être qui peut en décider par son
action ou par ses choix ?
+ cela suppose, en tout cas, qu’il ne soit pas prisonnier de cette nature, ni totalement défini par
elle.
C) Ou est-elle dépassement de la nature animale de l’homme ?
L’attitude religieuse ne consisterait pas à suivre sa nature ou à lui obéir, mais au contraire à la transcender.
+ n’est-il pas vain de vouloir définir l’homme ? n’est-ce pas par son absence de « nature » que
l’homme peut se définir, c’est-à-dire par sa liberté ?
+ d’où sa possibilité d’ouverture au sacré. Alors que l’animal est borné par son instinct, l’homme n’est-il
pas ouvert à l’infini ou à l’absolu ?
Mais le sacré n’est alors qu’une possibilité de l’homme :
+ il n’est plus ce qui le définit, ce qui fait de lui un homme.
+ cette possibilité, l’homme peut très bien ne jamais l’actualiser, ni la réaliser.
+ qu’il soit porteur de cette possibilité ne lui garantit en rien l’existence de ce à quoi elle lui permet de
s’ouvrir.
Le religieux est donc un objet de foi et non de
connaissance.