Pour un au-delà de la mort

Publié le par lenuki

Françoise Dastur : pour un au-delà de la mort
LE MONDE DES LIVRES | 24.01.08 | 12h16

oute la culture humaine exprime la volonté de vaincre la mort. La religion donne corps à ce programme par la promesse d'une survie personnelle, la métaphysique par une vérité indépendante des mortels. Ainsi la mort se trouve-t-elle relativisée : elle semble n'avoir de prise que sur une partie de notre être. Pour "anesthésier" l'effroi que nous cause notre propre mortalité, rien de tel que d'en appeler à la raison universelle, à l'esprit par lequel nous accédons aux vérités éternelles. Françoise Dastur entend rompre avec cette recherche d'un "remède" contre la mort.
L'inhumation, la crémation et la momification signent l'apparition de la culture. Le culte des ancêtres et les rites funéraires traditionnels dessinaient toutefois les figures d'une mort assumée, à la fois acceptée et niée. La compréhension de l'existence sur le modèle d'un devenir linéaire orienté vers l'au-delà dont nul retour n'est possible change la donne. D'échéance inévitable rendue supportable par le dialogue entre les hommes et les dieux, la mort devient dans les religions monothéistes - et d'abord dans le mazdéisme, religion de l'Iran antique - un passage et non une fin.
La philosophie hérite de cette invention d'une temporalité orientée vers un jugement dernier. Elle se l'approprie et la met au service de son projet, celui d'un dépassement métaphysique, d'un au-delà de la mort au sein même de la vie. De Platon à Hegel se déploie cette tentative d'assumer la mort en la dépassant. Françoise Dastur en interroge les figures majeures. Seul Heidegger est revenu, selon elle, sur cette représentation de la temporalité. Lectrice savante et interprète limpide d'Etre et temps, elle met en évidence l'originalité de cette conception du temps. Parfois - seule réserve -, la probité de l'exégète entrave l'essor des libres formulations. Les meilleures pages de son troisième chapitre, "La phénoménologie de l'être mortel", valent par elles-mêmes. Elles disent la manière dont l'être humain se rapporte à sa propre mort, comment il fait l'expérience de son imminence toujours possible. Elles montrent que cette expérience est "intransférable" et que chacun est condamné à mourir seul.
Pour Françoise Dastur, il est vain de prétendre s'endurcir contre la mort ou de chercher à la "dédramatiser". C'est en demeurant à l'intérieur de l'angoisse que la merveille d'exister apparaît et que la joie devient possible.

Publié dans la culture

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